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Politique

Édito

Grève à Total Feyzin : une entrée en mouvement des raffineurs peut changer la donne

Depuis 30 jours, les raffineurs de Total Feyzin sont en grève, et ont décidé de durcir le ton. À un mois du 5 décembre, et alors que la dynamique monte dans les services publics, l’entrée en mouvement de l’ensemble des raffineurs pourrait changer radicalement la donne.

mercredi 6 novembre

Retour début 2016 : le mouvement contre la loi El Khomri, ouvrant un nouveau cycle de lutte des classes après une période d’atonie sociale depuis le mouvement contre la réforme des retraites de 2010, bat son plein. Si le mouvement connaît des journées de mobilisation impressionnantes, comme la journée de mobilisation du 31 mars, c’est un événement au cœur du mois de mai qui va sensiblement changer la donne.

Routiers, dockers et raffineurs entrent de plain-pied dans la bataille, le 17 mai, paralysant toute la façade ouest de l’hexagone. L’effet est immédiat : au 23 mai, près de 3000 stations services sont à sec de carburant sur tout le territoire, donnant chaque jour un peu plus corps au spectre qui hante le gouvernement et les classes dominantes. Celui d’une paralysie totale du pays et d’une grève généralisée. D’autant plus après la dynamique de grève reconductible dans les transports, à partir du 31 mai.

La suite, on la connaît. Le mouvement n’a pas pu empêcher la mise en place de la loi El Khomri. Pourtant, la mise en route dans la grève et l’action d’un secteur-clé du capitalisme français a marqué une étape décisive, à deux doigts de renverser le rapport de force.

Dans l’article Rétrospective 2016. Quelques leçons à tirer de la mobilisation contre la loi travail, nous expliquions : « Avec l’entrée en grève de certains secteurs-clés de l’économie, les cartes ont été considérablement redistribuées, le mouvement ouvrier se rappelant à la bourgeoisie en tant que force capable de bloquer l’économie. À l’image du jeune « casseur » s’est substituée en l’espace de quelques jours celle du travailleur « bloqueur ». L’offensive médiatique et idéologique à l’encontre des grévistes, de la CGT et du mouvement contre la loi travail n’ont pas semblé véritablement influencer l’opinion publique, qui continuait à soutenir en majorité la mobilisation. Cela s’explique également par la rupture du peuple de gauche avec le PS et son gouvernement largement délégitimé par sa politique. Cependant, cette sympathie passive envers la mobilisation ne s’est pas transformée en un saut vers la généralisation de la grève à l’ensemble des secteurs salariés, notamment des plus précaires qui n’étaient pas directement visés par la loi travail.

Cette limite est en partie liée à la politique de la direction de la CGT, qui s’est vue devenir la principale opposition politique à Hollande, sans pour autant porter un programme qui, en plus de réclamer le retrait de la loi travail, propose une lutte contre les conditions de travail, la précarisation et le chômage ; un programme qui permette de décupler les énergies et la combativité des secteurs les plus précaires du prolétariat ou les plus paupérisés, comme celui de la jeunesse des banlieues, pour en finir définitivement avec le chômage de masse et la précarité ».

Alors que se profile le premier anniversaire des Gilets Jaunes et que nous sommes à un mois de l’appel à la grève illimitée du 5 décembre, il s’agit d’avoir ses enseignements du passé en tête, pour une stratégie gagnante face à Macron, sa réforme des retraites et, plus largement, « son monde ».

Bloquer l’économie pour renverser la table : les grévistes de la RATP, de la SNCF et de Total Feyzin sont des exemples à suivre !

Que cela soit en 2016 avec les raffineurs, les transports, les dockers et autres secteurs-clés ou en 2019 avec, le 13 septembre, le mouvement à la RATP ou, plus récemment encore, la mobilisation des cheminots de Châtillon, la force de la grève apparaît comme élément fondamental dans le rapport de force face au gouvernement et le patronat. C’est pourquoi, aussi, un mois avant la date du 5 décembre, l’inquiétude se lit dans les colonnes de la presse dominante, entre deux séances de bashing contre les « grévistes preneurs d’otage ». Sans compter, bien sûr, la répression directe sous toutes ses formes.

Bien sûr, la situation n’est pas la même aujourd’hui qu’en 2016. Outre l’actuelle flambée de contestation à échelle internationale, témoignant d’un retour de la lutte des classes, le mouvement des Gilets Jaunes est passé par là, et avec lui une détermination et radicalité nouvelle qui s’étend à des secteurs de travailleurs. À ce titre, le mouvement parti de la base à la RATP et du Technicentre de Châtillon, sans parler des mobilisations dans la santé et chez les enseignants ces derniers mois, en sont des symptômes frappant.

La date du 5 décembre est en soi une opportunité, pour marquer un tournant sur le terrain de la lutte des classes, avec en ligne de mire l’objectif d’une reconduction du mouvement pour battre Macron. L’un des enjeux, parmi tant d’autres, est de préparer cette journée et ses suites, en cherchant à ce que le mouvement ne se cantonne pas au service public, mais aussi à la jeunesse étudiante, lycéenne et des quartiers populaires et, bien entendu, à des secteurs de travailleurs du privé.

À ce titre, la grève dure et illimitée des raffineurs de Total Feyzin est un exemple à suivre. En grève depuis maintenant 30 jours contre le licenciement de 7 employés, et qui voient leurs revendications s’élargir, allant jusqu’à remettre en cause le système capitaliste, les grévistes ont reçu le soutien direct de Gilets Jaunes. Ces derniers, réunis en assemblée des assemblées début novembre, ont votés pour la jonction avec le mouvement ouvrier le 5 décembre prochain.

Au-delà de la grève de Total Feyzin, l’appel de la CGT Chimie fin octobre à rejoindre le mouvement du 5 décembre est également un point d’appui pour une dynamique ascendante en vue de cette fin d’année 2019. La clé, pour l’instauration d’un rapport de force suffisant pour battre Macron, passera par l’auto-organisation par la base du mouvement, pour une grève reconductible et le retrait sans condition de la réforme des retraites. Une auto-organisation à la base et coordonnée à échelle nationale, condition nécessaire à l’unité de notre camp social et pour éviter toute tentative de division corporatiste. C’est en ce sens qu’il faut penser la préparation du 5 décembre et ses suites.




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