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Notre classe

Construire le troisième tour social

Inflation et salaires : quelle stratégie pour gagner ?

Une hausse des prix qui n'en finit plus, et les salaires qui ne suivent pas. Une colère qui monte, et des grèves locales qui restent isolées. Une absence de plan de bataille des directions syndicales au niveau national et une réponse institutionnelle des partis politiques de gauche bien en-deçà de nos besoins. Face à cela, quelle réponse de fond, quelle stratégie et quel programme adopter pour se battre réellement pour nos salaires ?

mardi 10 mai

Crédits Photo : ALINE LECLERC / LE MONDE - Facebook CGT Leroy Merlin - Revolution Permanente Toulouse

La plus forte inflation depuis des décennies et des salaires qui ne suivent pas

Après des années d’inflation oscillant autour de 1 à 2 %, mesurer en avril une inflation de 4.8 % sur un an a de quoi interpeller. La dynamique s’accélère fortement, puisque l’inflation sur un an [1] était annoncée à 4.5 % en mars 2022, et à « seulement » 2.8 % en novembre 2021. Alimentée au niveau mondial par la reprise de l’activité et la guerre en Ukraine, tous les indicateurs vont dans le sens d’un approfondissement à venir de cette hausse des prix. Elle touche non seulement l’énergie et les carburants, mais aussi, plus récemment, l’alimentaire, avec une hausse de 15 % du prix des pâtes ou de 10 % pour la farine ou l’huile.

Les salaires, eux, ne suivent pas. C’était une des principales inquiétudes du grand patronat, reflétée par les éditorialistes et les économistes de plateau : la « boucle prix-salaires ». Dès les premiers signes d’inflation, celle-ci a été systématiquement invoquée comme une loi naturelle, expliquant qu’augmenter les salaires à hauteur de l’inflation pousserait les patrons à augmenter à leur tour les prix pour compenser cette hausse, et ainsi de suite, créant une spirale infernale menaçant toute l’économie. En 1865, Marx répondait déjà dans « Salaire, prix et profit » à cet « argument » factuellement faux faisant office d’épouvantail et agité par les capitalistes, en démontrant qu’une hausse générale du taux de salaire avait surtout pour conséquence une baisse du taux de profit (d’où l’inquiétude de ces derniers). Ce n’est certes pas la première fois que les « lois de l’économie » sont invoquées pour justifier, sous prétexte de mesures ou dispositifs purement « techniques », des mesures politiques.

Toujours est-il que les politiques néo-libérales de ces dernières décennies ont justement eu pour objectif d’augmenter le taux de profit, et de briser tout lien automatique entre augmentation des prix et augmentation des salaires. Depuis le début de la pandémie, les salaires avaient été quasiment gelés, voire baissés brutalement par des Accords de Performance Collective (APC) comme à Derichebourg. Les dernières négociations salariales (les fameuses NAO, Négociations Annuelles Obligatoires) non seulement ne rattrapent pas ces pertes, mais se situent toujours bien au-dessous de l’inflation, les plus récentes aboutissant à des hausses de 2 à 3 %, parfois un peu plus dans des grandes entreprises et suite à une grève comme chez Airbus, Dassault ou Amazon.

Ce décalage entre inflation et salaire s’installe de plus en plus comme une question politique centrale. La question du « pouvoir d’achat » est devenue depuis des mois la première préoccupation en France. Elle est le signe d’une colère montante dont l’épidémie de grèves salariales est une des expressions.

Une épidémie de grèves pour les salaires qui s’étale sur plusieurs mois

Après les premiers mois de pandémie, la peur du virus a laissé la place à la peur du licenciement. Dans beaucoup d’entreprises, le chômage partiel n’aura pas empêché les PSE (plan de sauvegarde l’emploi) et les non-reconductions d’intérimaires. Si les directions d’entreprise ont été rapides pour faire payer la crise à leurs salariés, elles se sont montrées moins motivées à leur faire profiter de la reprise économique.

Dès 2021, les profits se sont largement rétablis, battant même un record pour les entreprises du CAC40 en atteignant les 147 milliards d’euros. Les salaires ne suivant pas, on a alors commencé à observer des « grèves des bas salaires », dans des entreprises peu habituées jusque-là au conflit. Première grève pour les gilets bleus de Décathlon, première depuis 2012 pour les Labeyrie, grève des Leroy Merlin qui arracheront une victoire partielle, etc… Après des dizaines d’années sans lutte, l’aéronautique aussi était touchée par des grèves de ce type, comme à Daher Aerospace, ou encore aux Ateliers de la Haute-Garonne qui n’avaient pas connu de grève depuis une cinquantaine d’années.

Fin 2021, Khedidja Zerouali signait une série d’articles sur Médiapart revenant sur ces phénomènes de grève, qu’elle décrivait comme des mobilisations des bas salaires, de secteurs peu habitués, touchant assez largement les salariés (ce qui se vérifie en voyant les importants taux de grévistes de chaque conflit), principalement les ouvriers et les plus bas salaires. La crise Covid et les divisions qu’elle a engendrées entre ceux qui ont pu télétravailler et la « seconde ligne », qui a dû prendre le risque d’aller travailler tout en touchant le même salaire, a eu pour résultat une volonté de reconnaissance, de dignité, pour les plus exploités de ces entreprises. Beaucoup de témoignages d’ouvriers insistaient alors sur le fait que les cadres étaient mieux lotis, pendant qu’eux devaient se contenter d’un salaire de misère.

Mais ce phénomène n’est pas resté cantonné à ces entreprises du privé, peu syndiquées et peu habituées aux grèves. Début 2022, il touche des travailleurs de la fonction publique, traditionnellement plus syndiqués et qui ont été à l’avant-garde de la bataille des retraites, comme à la RATP ou chez les cheminots, où des grèves sur les salaires et contre la destruction des conditions de travail sont en préparation également pour la fin mai, signe que les cheminots et traminots sont loin d’avoir dit leur dernier mot sur cette question. Dans le privé, on a également vu des entreprises comme Airbus, et même Thales, composées majoritairement de cadres et d’ingénieurs, faire grève à leur tour, signe que la brutalité de l’inflation impacte y compris des secteurs qui se pensaient plus « à l’abri » avant la crise.

Il semblerait que nous soyons face à un phénomène de grèves aux caractéristiques particulières et qu’il convient d’identifier. Premièrement, ce phénomène touche différents secteurs et ne semble pas se restreindre à un secteur particulier de la classe. Deuxièmement, ces grèves locales sont larges, voire majoritaires. Ce deuxième constat est sans doute le plus subversif car il dessine les conditions de possibilité d’une unité large de notre classe dans la lutte pour les salaires. Localement, ces conflits mettent en mouvement des secteurs de travailleurs qui font pour beaucoup leur première expérience de grève, notamment dans le privé, et pourraient être le symptôme d’un « réveil ouvrier » plus large dont on ne mesure pas encore toute l’étendue.

Mais ce mouvement a aussi des limites. La vague qu’on observe est composée de grèves de pression défensives. Défensives, car d’un point de vue revendicatif, elles se fixent pour objectif de limiter la perte de salaire réel face à l’inflation. Grèves de pression car, du point de vue de leur stratégie et de leur répertoire d’actions, elles consistent en des grèves relativement courtes (qui s’étendent sur quelques jours) ayant pour but de faire pression sur les dispositifs de négociation salariale, les NAO. C’est ce double caractère qui fait que, jusqu’à présent, cette vague de grèves n’a pas débordé le cadre tracé par le calendrier de NAO, et s’exprime donc boîte par boîte, soit de façon désynchronisée. Il y a pourtant un enjeu à ce que la colère partagée largement et cette « unité potentielle » des grèves sur le salaire s’expriment dans les faits. Si cela n’est pas encore le cas, c’est à la fois en raison du terrain particulier fixé pour cette bataille (rappelons que la division des négociations entreprise par entreprise dans les NAO fut le premier pas vers l’inversion de la hiérarchie des normes, institué d’ailleurs sous Mitterrand), mais aussi parce qu’aucune force syndicale ou politique ne s’en fixe l’objectif.

Des directions syndicales entre passivité et dialogue social

Depuis le premier confinement de mars 2020, les directions des principaux syndicats n’ont jamais tenté d’organiser la colère d’une quelconque manière. Plus récemment, elles se sont contentées d’appeler à des journées d’action isolées et séparées de plusieurs mois. Les journées de grève interprofessionnelles appelées le 27 janvier, puis le 17 mars, déliées de tout plan de bataille, n’ont jamais incarné la colère qui avait pu s’exprimer lors de journées sectorielles comme le 8 décembre du travail social ou le 13 janvier de l’éducation nationale, ou encore dans les grèves salariales dont nous avons parlé plus haut.

Plus récemment, pendant la période électorale, celles-ci ont concentré l’essentiel de leur discours à appeler à renouer le « dialogue social », négociant avec le Medef un accord pour la « modernisation du paritarisme » visant à présenter les « partenaires sociaux » comme utile à un Macron tenté de passer outre les corps intermédiaires. Dans l’entre-deux tour, la direction de la CGT, sous prétexte de ne « pas donner une voix du monde du travail à l’extrême droite », a même signé une tribune avec la CFDT réussissant « la prouesse de n’exprimer absolument aucune critique au président Macron ».

À la veille du 1er mai, le secrétaire général de la CGT a dit souhaiter une « mobilisation la plus large possible sur les salaires » dans une interview au Parisien. À la question de savoir si les salaires et l’inflation pouvaient être la source d’un embrasement social à venir, Philippe Martinez répond : « Les conflits sont déjà là. Il y en a dans beaucoup de boîtes : chez Amazon, par exemple, c’est la première fois que des salariés se mettent en grève. Il y en a eu aussi chez Dassault ou Thalès. Il faut que ces grèves se généralisent dans tous les secteurs pour exiger des augmentations de salaires. Il faut une mobilisation la plus large possible. Je ne la crains pas et je pense qu’il faut la faire. »

Mais pour rendre effective cette généralisation des grèves, il ne suffit malheureusement pas que le dirigeant de la Confédération ne la « craigne pas » ou « pense qu’il faut la faire ». Il faut un plan de bataille, une stratégie et un programme qui s’en fixe l’objectif. Les bureaucraties syndicales répondent souvent à cet argument qu’elles ne possèdent pas le bouton de la grève générale, pour en réalité imposer dans les faits une autre stratégie, incapable de construire véritablement le rapport de force, grâce au bouton des journées d’action isolées.

Un troisième tour électoral pour augmenter nos salaires ?

Suite au premier tour de l’élection présidentielle, l’Union Populaire de Jean-Luc Mélenchon s’est installée comme la première force politique de gauche dans le pays. Fort de ce score et pour lutter contre la dispersion de ses électeurs, Mélenchon a appelé à « l‘élire premier ministre » et exhorte à mettre toutes nos forces dans la bataille institutionnelle en vue du « troisième tour électoral ». Une référence explicite au « troisième tour social » auquel il s’oppose de facto, en plaçant les perspectives sur le terrain institutionnel alors même que des grèves sont actuellement en cours et que des secteurs de travailleurs relèvent la tête. Laissant entendre qu’il suffirait de bien voter pour obtenir des augmentations de salaires, Mélenchon semble même avoir oublié ses propres critiques contre la « monarchie présidentielle » de la Ve République et affirme qu’on pourrait, par une alliance avec le PS et EELV et une cohabitation avec Macron, imposer des avancées sociales majeures par décret. Si nous avons déjà discuté de cette stratégie purement institutionnelle, la question salariale est peut-être celle qui révèle le mieux le caractère timoré du « programme partagé » de l’Avenir En Commun et les limites de sa stratégie.

On sait à quel point la modération salariale, le maintien des salaires bas, a été un trait central de l’attaque néolibérale depuis les années 1980 pour rétablir le taux de profit suite à la période dite des « Trente glorieuses » et à la contestation des « années 68 ». Cette baisse des salaires a été imposée dans le cadre d’une offensive permanente des capitalistes, qui a eu pour corrélat la fragmentation de notre classe comme nous l’avons mentionné plus haut au sujet des NAO. Sous-estimer le rôle structurant de cette offensive, véritable pilier de l’ordre économique néo-libéral, en laissant entendre qu’un décret suffirait à la freiner, et même à l’inverser, revient à désarmer plutôt qu’à préparer les luttes à venir.

Mais même en croyant possible cette stratégie électorale, le programme de l’AEC ne répond pas vraiment à la préoccupation salariale dans le pays. Tout d’abord, la timidité de la revendication du SMIC à 1 400 € ne tient pas compte de la rapidité de l’inflation. Récemment revalorisé, le SMIC est aujourd’hui à 1 302 € net mensuel. Face à l’augmentation des prix, une augmentation limitée à 100 € est très loin d’être à la hauteur des difficultés sociales que connaissent bien les smicards. 

Pour les autres salariés, pour tous ceux qui sont un peu au-dessus du SMIC (dont beaucoup ressentent qu’ils sont "rattrapés par le SMIC" malgré leur compétence ou ancienneté), l’Union Populaire propose une « conférence sociale », autrement dit une négociation entre syndicats et patronat comme il en existe déjà régulièrement aux niveaux des entreprises ou des branches et qui, sans rapport de forces, ne débouchent jamais sur rien. Si les NAO obligent le patron à négocier, il n’existe aucune obligation que ces négociations aboutissent à des augmentations. Mélenchon ne dit rien de cette réalité, et désire convoquer des « négociations salariales annuelles obligatoires » dont on voit mal en quoi elles seraient différentes des NAO actuelles. Il est important de préciser que le programme de l’AEC ne défend pas une chose qui semblerait pourtant élémentaire pour se prémunir face à des situations comme l’actuelle où les prix s’envolent, comme l’indexation automatique des salaires à l’inflation.

Faire des salaires une lutte politique de notre classe

Compte tenu des limites qui s’expriment dans le mouvement des grève actuelles, qui restent isolées et sans plan de bataille unifié, mais aussi face à l’acharnement des directions patronales de ces dernières années, il est compréhensible qu’une partie des travailleurs placent leur espoir dans la voie électorale. C’est cette brèche que la direction de l’Union Populaire cherche à exploiter en répondant à partir de sa logique propre : les luttes sociales seraient trop faibles, et nous n’aurions pas d’autres choix que de nous en remettre à une solution politique électorale pour obtenir satisfaction.

Outre que cette logique masque l’essentiel (à savoir que le terrain décisif où se construit le rapport de force susceptible d’arracher nos revendications se situe sur le terrain de la lutte de classes), elle tend à reproduire la division entre le terrain social, d’une part, où salariés et syndicats seraient condamnés à lutter défensivement et en rangs divisés et le terrain politique, d’autre part, par la voie électorale et institutionnelle qui serait la seule à même d’apporter des solutions d’ensemble aux problèmes de notre classe. 

Cette division entre le syndical et le politique est une pierre sur laquelle achoppe le mouvement ouvrier depuis des décennies et qui le condamne à une politique corporatiste et, en dernière instance, impropre à construire son hégémonie politique. Sur la question précise des salaires, cette division des registres a été renforcée dans les années 80. Le mitterrandisme, principale référence politique de Mélenchon, a participé à ôter sa portée politique à la question salariale par un double mouvement. D’abord en fragmentant les luttes salariales en des négociations boîte par boîte comme on l’a mentionné, par les lois Auroux de 1982. Dans le même temps, en 1983, en débranchant l’indexation des salaires sur l’inflation, permettant donc que les attaques aux salaires réels apparaissent comme le résultat d’une loi économique extérieure, à laquelle les grèves seraient condamnées à résister et à attendre d’une force politique de gauche des « coups de pouce » sur les minima salariaux.

Nous pensons au contraire que les grèves pour les salaires ne sont pas condamnées à rester cantonnées à chaque entreprise, mais que la question salariale pourrait devenir l’objet d’une lutte plus générale de notre classe, une lutte d’ensemble posant de fait le problème comme une question politique, concernant l’ensemble des salariés, et capable d’unifier les travailleurs du public comme du privé, avec ou sans papiers. Cette perspective exigerait de se battre pour un plan de bataille, ce qui est loin d’être l’attitude des directions syndicales qui restent l’arme au pied depuis des mois, pire, qui mettent en scène un possible « dialogue social » avec le gouvernement Macron. Mais ce qui n’est pas non plus ce que se propose de faire l’Union populaire, qui voit dans les travailleurs un électorat potentiel et non un sujet capable d’arracher des revendications par ses luttes et son auto-organisation.

Alors que le coût de la vie pourrait être l’étincelle de grandes explosions sociales dans les mois à venir, il est fondamental de travailler à la construction d’un plan de bataille et d’un programme à même de rassembler les forces de toute notre classe dans la lutte. Un tel plan de bataille devrait partir de la réalité concrète des luttes en cours, en s’appuyant directement sur les grèves existantes et en tentant de les renforcer au maximum, d’abord en les soutenant de toutes les manières possibles, y compris financière. Pour permettre aux luttes d’exprimer tout leur potentiel, il devrait stimuler le développement de l’auto-organisation des grévistes pour que ceux-ci prennent en main l’organisation de piquets, d’une caisse de grève, ou encore de délégations de soutien sur les autres luttes. L’auto-organisation devrait également être le socle de la coordination à l’échelle d’une branche, d’un secteur, ou encore plus largement, des différentes grèves. Les organisations syndicales et politiques qui soutiennent la lutte des travailleurs devraient mettre à disposition tous leurs moyens humains et matériels dans cette perspective.

Autrement dit, même si Jean-Luc Mélenchon arrivait à Matignon et qu’il appliquait son programme, la question du pouvoir d’achat, préoccupation bien réelle, ne pourrait pas être réglée par un coup de baguette magique mais devrait être imposée par les travailleurs. Ce d’autant que, sans organisation et rapport de force à la base, le patron reste « maître à bord » et ne laissera pas imposer une politique qui lui est défavorable. La construction d’un rapport de force dans nos entreprises et nos lieux de travail est donc décisive et l’on ne pourra pas en faire l’économie, peu importe la composition de l’Assemblée.

Imaginons qu’au lieu d’interventions générales et déclarations d’intentions, Philippe Martinez popularise une caisse de solidarité pour les grèves, en commençant par un apport de la confédération CGT, qui en a les moyens, puis on pourrait imaginer une collecte interne aux 700.000 adhérents du syndicat, de 10 € par adhérent, pour ensuite expliquer sur tous les plateaux télé que cette caisse de plusieurs millions d’euros sera entièrement consacrée au soutien aux grèves salariales et à leur généralisation. Sur ce premier élan et prenant appui sur les premières grèves qui existent déjà, des formes de coordination de grévistes pourraient se mettre en place poussant à généraliser les grèves indépendamment du calendrier de NAO.

Une telle stratégie, couplée à des revendications qui valent la peine de se battre et qui fassent le lien entre différents secteurs, pourrait permettre de développer et d’approfondir le mouvement. À commencer par :

- La hausse immédiate des salaires de 300 € minimum,
- Le rétablissement de l’indexation des salaires sur l’inflation,
- Le gel des prix des produits de première nécessité, mais aussi des loyers et des services essentiels comme le gaz et l’électricité,
- La mise en place de comités de contrôles des prix pour mesurer par nous-mêmes l’inflation réelle que nous subissons,
- La hausse immédiate et l’indexation sur l’inflation de toutes les pensions, pour s’unir avec ceux qui ne travaillent pas ou ne travaillent plus.

C’est ce type de stratégie qui permettrait d’unifier les différents secteurs de notre classe, ceux du public avec ceux du privé, ceux qui travaillent avec ceux qui ne travaillent pas ou ne travaillent plus, afin de se battre tous ensemble, seule façon de construire un rapport de force capable de régler, à notre manière, le problème du pouvoir d’achat mais aussi de reprendre confiance en nos propres forces. Cette dernière condition est fondamentale si nous voulons venir à bout d’un système d’exploitation et d’oppression, qui jette chaque jour des centaines de milliers de personnes dans la misère et qui organise le pillage de la nature et de nos vies. C’est également en suivant ce chemin que les grèves pourraient dépasser le terrain corporatiste, déborder le cadre des négociations ponctuelles, et poser des questions qui concernent l’ensemble de la société. Pour cela, le rôle d’organisations révolutionnaires qui cherchent à doter les mobilisations dans les entreprises d’un programme et d’une stratégie à même de féconder leur potentiel politique et subversif est central.

Notes

[1] : Nous faisons référence ici à l’inflation sur un an, appelée "glissement annuel" par l’INSEE. Elle correspond à la hausse de l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) sur un an. Pour avril 2022, les 4.8 % d’inflation veulent donc dire que les prix ont augmenté en moyenne de 4.8 % entre avril 2021 et avril 2022. À ne pas confondre avec la "moyenne annuelle", autre indicateur utilisé par l’INSEE, qui "moyennise" cette hausse de prix sur une année comparée avec l’année précédente. De fait, c’est le glissement annuel qui est utilisé pour parler de l’inflation et qui sert de référence pour les augmentations du SMIC par exemple.



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