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Pression maximale ?

L’Allemagne déclare le Hezbollah organisation terroriste, un coup en pleine crise au Liban

Alors que l’organisation chiite a tenté d’assainir son image au cours de l’épidémie de Covid-19, les manifestations au Liban et cette décision allemande la mettent sous forte pression.

jeudi 30 avril

Crédit photo : AP Photo/Hassan Ammar

Mettant notamment en avant la politique hostile du Hezbollah à l’égard de l’État israélien, les autorités allemandes ont décidé de mettre le parti chiite dans sa liste d’organisations terroristes. Alors que depuis 2013, les pays de l’Union Européenne avaient placé la branche armée de l’organisation dans la liste, surtout à cause de sa participation au conflit armée syrien du côté de Bachar al-Assad, cette fois c’est le tour de sa branche politique.

Malgré le fait que le Hezbollah ne possède pas d’organisation officielle sur le territoire allemand, la décision du gouvernement a été suivie de raids de policiers encagoulés dans des mosquées et associations. Selon le ministre de l’intérieur allemand, il s’agissait d’éviter que ces institutions et organisations suspectées d’entretenir des liens avec le Hezbollah détruisent des preuves, notamment concernant son financement depuis l’Allemagne.

En effet, le gouvernement allemand estime qu’il y a autour d’un millier de militants du Hezbollah sur son territoire qui mèneraient des activités illicites afin de financer l’organisation chiite : trafics, blanchiment d’argent, mais aussi des dons récoltés parmi la communauté chiite allemande. Le Département d’État nord-américain estime que le budget annuel du Hezbollah est d’un milliard de dollars dont 700 millions qui sont financés par l’Iran et 300 millions provenant des dons et d’activités illégales depuis l’étranger.

De cette façon l’Allemagne rejoint la Grande Bretagne, les États-Unis, l’État israélien, le Canada, les Pays-Bas, les pays du Conseil de Coopération du Golfe et le Bahreïn qui avaient déjà placé le Hezbollah chiite sur la liste noire des organisations terroristes. Il n’est pas étonnant en ce sens que les gouvernements nord-américain, israélien et saoudien aient exprimé leur satisfaction face à la décision allemande. « J’appelle les autres pays européens ainsi que l’Union européenne à faire de même. Toutes les parties du Hezbollah, y compris les ailes sociales, politiques et militaires, sont des organisations terroristes et doivent être traitées comme telles », a déclaré le ministre des Affaires Étrangères israélien, Israel Katz.

Cette position allemande, bien qu’elle puisse suivre la ligne politique adoptée par l’Allemagne depuis quelques mois à l’égard du Hezbollah, se place en décalage par rapport à la position d’autres pays européens comme la France. Paris estime que le Hezbollah joue un rôle politique très important au Liban et que ses membres arrivent à se faire élire dans des processus électoraux, donc il n’est pas possible de fermer les voies de communication avec cette force politique. Mais l’impérialisme français n’est nullement motivé par des considérations « démocratiques » (n’oublions pas qu’aussi bien la France que l’Allemagne maintiennent dans sa liste d’organisations terroristes le PKK kurde et que la France maintient dans ses prisons depuis 36 ans le militant communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah). Le Liban représente une position solide de l’impérialisme français dans le Moyen Orient et donc elle doit laisser ouverte toutes les portes afin de préserver ses intérêts dans le pays et dans la région.

Un coup pour le Hezbollah en pleine crise sociale et économique

Le Liban a été secoué depuis octobre dernier par une vague de manifestations anti-gouvernementales et contre l’ensemble des partis politiques, y compris le Hezbollah. L’épidémie de Covid-19 a mis un arrêt soudain aux manifestations et le Hezbollah a tenté de profiter de la gestion de la crise pour se renforcer. Il a mis en place un plan impressionnant de lutte contre la pandémie avec des milliers de personnes mobilisées, dont 3000 médecins et personnels hospitaliers. Étant donné que le Hezbollah est une organisation ayant des capacités financières et militaires parfois supérieures à celles de l’État, il a pu exhiber sa réponse comme étant plus efficace que celle apportée par ce dernier.

Cependant, la crise économique qui frappait déjà durement le pays avant la pandémie s’est approfondie avec les mesures prises pour arrêter la propagation du virus déclenchant de véritables « révoltes de la faim ». Les manifestants se sont attaqués principalement aux banques et la contestation des partis politiques semble s’approfondir jour après jour. On ne peut pas exclure que le gouvernement soit obligé de faire appel au FMI, ce qui impliquerait l’adoption de mesures antipopulaires. Tout cela risque de mettre le Hezbollah dans une situation très inconfortable.

En ce sens, la décision allemande est un coup matériel (car cela va sans doute réduire ses voies de financement) mais aussi politique. Cela renforce l’isolement de l’organisation et renforce ses ennemis comme l’État israélien et l’Arabie Saoudite, sans mentionner les États-Unis. Pour ces régimes, il est inconcevable de voir encore un Hezbollah fort au Liban.

La décision allemande renforce également la politique de « pression maximale » des États-Unis à l’égard de l’Iran, principal allié du Hezbollah. Alors que l’Allemagne adopte une attitude de dialogue et négociation avec le régime de Téhéran, la déclaration du Hezbollah comme une organisation terroriste pourrait peut-être marquer un tournant de la position allemande. Mais en même temps, cela pourrait être utilisé au contraire pour accentuer la pression sur l’Iran dans le cadre de leurs négociations.

Une mesure impérialiste

Pour nous il n’y a aucun doute que le Hezbollah est une organisation bourgeoise et réactionnaire. Elle s’est placée systématiquement contre les mobilisations populaires progressistes au Liban et dans la région ; elle a participé à la guerre en Syrie du côté de Bachar al-Assad et commis des crimes atroces contre l’humanité. Récemment, lors des mobilisations anti-gouvernementales au Liban, des militants du Hezbollah sont allés jusqu’à attaquer des manifestants.

Cependant, la décision allemande de placer l’organisation chiite dans la liste de formations terroristes relève de l’hypocrisie et de l’arrogance impérialiste. Ces mêmes pays qui célèbrent la décision allemande sont coupables de crimes contre l’humanité et même d’actes de terrorisme d’État, comme c’est le cas de l’État israélien, ou encore de crimes contre l’humanité comme l’Arabie Saoudite au Yémen, sans parler de la longue histoire de crimes soutenus ou directement commis par l’impérialisme nord-américain ou allemand. Malgré le caractère réactionnaire du Hezbollah, ce serait une erreur fatale pour le mouvement ouvrier de soutenir la décision impérialiste.




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