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Politique

La carotte pour faire payer la crise aux travailleurs

LREM élabore un « Pacte Républicain » : refonder une "unité nationale" qui bat de l’aile

Alors que l’Europe peine à voir l’épidémie se stabiliser sur son sol, les discours offensifs sur les reprises économiques se généralisent, et la question de "l'après" est sur toutes les lèvres. Si l'exécutif organise la régression sociale avec l'état d'urgence sanitaire, LREM souhaite en parallèle calmer la gronde derrière une proposition d'union sacrée bis. Transition écologique, plan pour les hôpitaux, et suspension de la réforme des retraites : un programme qui peine à cacher les velléités du gouvernement à nous faire payer la crise.

lundi 13 avril

Il n’aura pas échappé au gouvernement que la crise multifactorielle dans laquelle le capitalisme est en train d’entrer risque de générer de la contestation. Une peur des dynamiques par en bas, exprimées notamment autour du droit de retrait ou de grèves sauvages, que le parti présidentiel souhaite contrecarrer.

Ce dernier est bien-sûr conscient qu’une sortie de crise qui en passerait par l’augmentation du temps de travail et des cadences, combinée à un chômage de masse, ne peut être plébiscitée par la population.

En témoigne le dernier sondage Ifop pour le JDD, qui pointe que seulement 38% de la population fait confiance au gouvernement pour gérer la crise.

Les ordonnances découlant du vote de la loi sur l’état d’urgence sanitaire, qui actent de l’augmentation du temps de travail dans plusieurs secteurs de la production ainsi que de la réduction des congés payés, sont des pilules dures à avaler pour les salariés.
Ainsi, les déclarations du chef des députés LREM à l’Assemblée nationale sur un "pacte républicain" aspirent à contrecarrer la contestation qui se nourrit du retour à "l’imaginaire de la lutte de classes" par un confinement à deux vitesses.

"Le redémarrage de l’économie, de nouvelles solidarités et protections, et la transition écologique", autant d’axes sensés faire passer la pilule d’un lendemain de crise où les travailleurs sont appelés à mettre "un coup de collier" selon les mots de la secrétaire d’Etat à l’économie, Agnès Pannier Runacher.

De son côté, le MEDEF, par l’intermédiaire de son président, Geoffroy Roux de Bézieux, déclarait qu’il "faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire".

La relance économique à l’avantage unilatéral du patronat semble donc une entreprise incertaine, en témoigne les tollés que provoquent déjà les sorties des représentants du MEDEF et du gouvernent sur la question. Du côté du patronat, les appels à « rouvrir » l’économie se multiplient après des fermetures d’usine dirigées par les salariés par l’usage de leur droit de retrait. Une dynamique qui ne finit pas d’angoisser le grand capital, ce dernier invoquant la crise économique et menaçant les salariés d’en payer la facture.

Le patronat fait donc pression pour que les travailleurs retrouvent le plus rapidement possible le chemin du travail alors même que les conseils scientifiques et l’OMS mettent en garde contre un déconfinement trop rapide qui pourrait avoir des conséquences désastreuses.
 
En gage de bonne foi, le gouvernement assure vouloir suspendre la réforme des retraites, fortement contestée par la population et par les travailleurs du rail, en grève cet hiver. En dépit du fait qu’aucune garantie n’assure que cette réforme anti sociale sera définitivement oubliée, il faut surtout rappeler que cette dernière s’inscrivait au rang des réformes structurelles de long court. Or la crise du Covid a profondément changé la donne de ce point de vue. Au plus fort de la tempête, la suspension d’une telle réforme, qui ne pourrait de toute façon pas voir le jour avant 2023 (soit après la prochaine élection présidentielle), est une contrepartie creuse. Dans le même sens, l’insistance sur "le plan d’investissement massif" dont est sensé bénéficier l’hôpital cherche à calmer la colère profonde des soignants face à des décennies de destruction du système de santé public. A ce titre, l’opération politique a surtout pour but d’entériner formellement un principe d’alliance de toutes les forces politiques pour mettre au pas et au travail les populations au service d’un grand capital nullement mis à contribution dans cette crise sanitaire.

C’est donc avec un pacte républicain qui en appelle à la continuation de l’union sacrée dans la prochaine période pour mater les potentielles contestations sociales, que LREM compte se sortir d’une unité nationale fragilisée. Scandale des masques, des blouses, des tests : autant de faux-pas qui ont pesé sur les capacités du gouvernement à sortir vainqueur de la plus grosse pandémie du siècle. Une manière de réitérer cette stratégie, à l’heure où le confinement s’étire et la colère s’accroit.
 
afp.com/Bertrand GUAY
 




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