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Politique

Sois prof et bats-toi contre la répression !

Le combat pour la réintégration de Kai, prof arraché à ses élèves en pleine « pénurie »

À une rentrée scolaire désastreuse s’ajoute la suspension sans motif de Kai Terada professeur de mathématiques au lycée Joliot-Curie de Nanterre (92) et représentant syndical Sud Education 92. Celui-ci est un professeur et militant reconnu qui s’est investi dans les luttes contre les reformes de casse de l’éducation public et que l’administration cherche aujourd’hui à couper de son secteur en le suspendant le jour de la rentrée, sans présenter de motif clair. Retour sur l’origine d’une répression qui ne dit pas son nom.

dimanche 11 septembre

Si ceux qui ont orchestré la rentrée scolaire, à savoir notamment le nouveau ministre Pap N’Diaye, s’en félicitent, le désastre est sans appel : manque de personnels, professeurs non formés ou remplacés au jour le jour, nombre d’élèves par classe explosant des records, absence de moyens et, déjà, des démissions en cascade. Tel est le résultat logique des réformes successives qui alimentent une éducation à deux vitesses avec, d’un côté, un enseignement public au rabais (et particulièrement pour les quartiers les plus défavorisés où l’on a vu poindre beaucoup de grèves depuis la rentrée sur la question des moyens) et, de l’autre, un développement à grande vitesse d’une éducation privée, inaccessible pour les classes populaires. Une crise dramatique et somme toute similaire à celle que traverse la santé.

Qui plus est, le style Blanquer, dignement repris par son successeur, et l’autoritarisme d’une institution incompétente qui réprime plus vite que son ombre pour faire taire toute contestation ne sont pas en reste en cette rentrée. A la longue liste des profs réprimés s’ajoute désormais le cas de Kai Terada, suspendu sans motif le jour de la rentrée.

L’origine de la répression

À l’origine de la suspension de Kai, professeur de mathématiques sur le lycée Joliot Curie depuis 16 ans, se trouve un audit de l’administration ou, comme ils l’appellent : « une inspection à 360° », durant laquelle les personnels sont auditionnés par leur hiérarchie. Ceux-ci sont convoqués par équipe, mais aussi avec la possibilité de demander à être auditionné individuellement, parfois à l’extérieur de l’établissement, et avec face à eux plusieurs inspecteurs qui enchaînent les questions, souvent sans rapport avec les difficultés réelles et matérielles du terrain, à la manière d’un interrogatoire de roman policier.

Selon l’institution, cet audit intimidant était nécessaire en raison du « climat » au sein de l’établissement scolaire ainsi que d’éventuels problèmes de laïcité. Pourtant, des problèmes de laïcité, les collègues n’en ont pas rencontré ; et plusieurs se diront choqués des questions très orientées, et parfois même islamophobes, de l’institution durant ces auditions. A la fin de l’année 2021-2022, à la suite de cet audit, aucun rapport ne sera rendu aux personnels mais 3 professeurs seront pourtant mutés dans « l’intérêt du service » avec l’optique, selon l’administration, « d’apaiser le climat ». Kai durant cet « inspection à 360° » n’aura jamais été auditionné, le jour de l’audition de son équipe était un jour de grève national. Le jour de la rentrée, il apprendra sa suspension sans motif.

Kai le mauvais ambianceur ?

Sonné par la nouvelle Kai témoigne alors : « Ils n’ont pas assez de profs et ils en suspendent un ! Moi je demande que ça de travailler ! Mes élèves se retrouvent sans prof ! ». C’est uniquement par voie de presse qu’il découvre un pseudo-motif : « garantir un fonctionnement serein du lycée ». Rien qui ne sorte sa suspension de l’arbitraire. Au bout d’une semaine, lors d’un entretien au rectorat de Versailles, il lui sera réitéré que sa suspension n’est « pas une procédure disciplinaire », que le but est de ramener la « sérénité » au sein du lycée Joliot-Curie, et que ce sont les éléments recueillis au moment de « l’enquête à 360°  » qui fondent cette décision - tout en refusant de communiquer le rapport qui en est sorti. Le dossier personnel de Kai, qu’il a consulté plusieurs fois, est pourtant toujours vide de tout reproche, de tout manquement, de toute faute.

Cette situation pourrait paraître absurde si elle n’était pas devenue monnaie courante. Ces 5 dernières années l’éducation nationale est en effet devenue une véritable machine à broyer les militants combattifs qui ont osé contester les réformes. Du collège République de Bobigny à l’école Pasteur de Seine Saint Denis en passant par la professeure d’école Hélène Careil, aux professeurs du lycée de Melle, d’Angela Davis ou de Berthelot, les méthodes sont souvent les mêmes : des audits sont mis en place sous des prétextes fallacieux pour récupérer des informations et diviser les équipes pédagogiques à coups de sanctions disciplinaires dites « dans l’intérêt du service  ». Les rapports sont tenus secrets et divulgués qu’en cas de recours juridique au tribunal administratif. Les établissements ciblés sont généralement militants et les collègues réprimés reconnus par les équipes pédagogiques et les parents comme investis et déterminés à se battre contre la casse de l’éducation publique. Cette répression est l’autre face du saccage de l’éducation à grand coup de réformes : pour l’exemple, pour démoraliser, pour que tout le monde se tienne bien sage, il faut couper les têtes contestataires et combattives.

La nécessité d’un combat d’ampleur

Cette répression est politique et les 40 collègues du Lycée Joliot-Curie en grève reconductible depuis l’annonce de la suspension de Kai l’ont bien compris. Tous témoignent : « C’est tomber sur Kai parce qu’il est militant », « Il a toujours su nous accompagner, alors on ne va pas le lâcher !  ». Les motions de soutien de plusieurs établissements se sont démultipliées et la campagne de pétition à aujourd’hui recueillie plus de 4000 signatures.

Plusieurs rassemblements sont organisés par les soutiens avec comme seul mot d’ordre la réintégration immédiate de Kai auprès des élèves. En à peine une semaine, la solidarité d’en bas, des familles, des élèves, des travailleurs de l’éducation et d’autres secteurs se manifeste car beaucoup d’entre eux se reconnaissent dans ces sanctions lapidaires et ciblées. Partout ces mêmes méthodes auxquels il va falloir mettre un coup d’arrêt !

La solidarité de classe est notre arme, s’ils touchent à l’un d’entre nous, chauffeur de bus ou professeur, Laurent ou Kai, nous répondrons par milliers. Il y a aujourd’hui une nécessité à ce que les directions syndicales se positionnent, posent un jour de grève national pour mettre un terme à ces répressions arbitraires. L’unité des travailleurs de l’éducation face au saccage orchestrée par en haut est réelle, il y a urgence à la mise en place d’un plan de bataille qui pourra permettre aux travailleurs de s’organiser, de discuter des besoins, des revendications et permettra enfin de renverser la vapeur, que la répression cesse et que la peur change de camp.

Pour soutenir Kai prenez-vous en photo avec l’affiche de soutien en tête d’article et tweetez avec le #SoutienAKaiTerada.
Plusieurs rendez-vous également auxquels participer : le prochain mardi 13 devant la DSDEN du 92 puis le Mercredi 21 devant le ministère de l’Éducation nationale.



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