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Politique

Déconfinement

Meeting virtuel du NPA : pendant cette crise, s’organiser pour les luttes à venir !

A la veille du déconfinement, le NPA tenait ce dimanche un meeting virtuel avec les travailleurs et militants qui ont été en première ligne des luttes en cette période de crise sanitaire. Au programme, tirer les bilans et tracer perspectives d'organisation pour nos luttes.

mardi 12 mai

Ce dimanche, le Nouveau Parti Anticapitaliste organisait un meeting virtuel intitulé « Pour l’urgence sanitaire et sociale, déconfinons nos colères ! » Au programme, une vingtaine d’interventions de militants du parti (lycéens, jeunes, travailleurs précaires, cheminots, agents RATP, enseignants, travailleurs de l’automobile) de ses principaux porte-paroles Philippe Poutou, Olivier Besancenot et Christine Poupin, de militants pour le Droit Au Logement, pour les sans-papiers, ou encore des médecins de différentes spécialités. Tous réunis en cette veille du 11 mai et après deux mois de confinement, ils ont tiré les premiers bilans de ces deux derniers mois et réfléchi aux luttes qu’annonce la période qui s’ouvre, avec deux perspectives : ne pas oublier la gestion catastrophique et les mensonges du gouvernement pendant cette crise sanitaire, et s’organiser pour luttes à venir.

En première ligne de la gestion désastreuse gouvernementale désastreuse de la crise sanitaire et des attaques contre les classes populaires

Au bout de deux mois de confinement, la voix de tous les intervenants est unanime sur la gestion calamiteuse de la crise par le gouvernement. Mise en danger de ceux qui ont dû continuer à travailler, mensonges du gouvernement et des directions d’entreprises... Nadia, conductrice de bus à la RATP raconte ainsi comment, à partir du 16 mars, les agents RATP ont dû continuer le travail sans aucune protection. La direction est même allée jusqu’à interdire aux conducteurs de porter des maques avec des arguments tels que « vous allez faire peur aux clients », « si vous parlez a un malentendant il ne va pas vous comprendre », « c’est pas commercial ». Le tout dans des bus qui – contrairement à ce qu’affirmait l’entreprise – n’étaient absolument pas désinfectés : « c’était un gars qui lui même n’avait pas de protection, qui avec le même seau, lavait tous les bus ».

Au-delà de l’amateurisme et des mensonges sur les mesures de sécurité, dont le port du masque, gouvernement et patrons ont aussi profité de la crise sanitaire pour faire passer des attaques contre les travailleurs. Ainsi, Sébastien, militant et facteur à La Poste, raconte comment des réorganisations de la livraison du courrier prévues de longue date - consistant à faire travailler les facteurs l’après-midi ou encore à faire faire par un seul facteur l’équivalent de quatre tournées le samedi - ont été adoptées sur fond de crise sanitaire.

La période est aussi l’occasion d’attaques contre les sans-papiers, comme le dit Sissoko, membre de la coordination nationale des sans papiers. Ainsi, l’état d’urgence sanitaire est l’occasion de fermer encore davantage les frontières aux migrants, tout en continuant d’expulser les sans-papiers déjà sur le territoire. Des politiques racistes qui font écho à la multiplication des violences policières en particulier dans les quartiers, livrés à l’impunité policière durant le confinement.

L’organisation des travailleurs et des classes populaires pour des mesures sanitaires viables et pour aider les plus démunis à faire face à la crise

Si une leçon est tirée de cette expérience, c’est qu’en période de crise, les travailleurs et les classes populaires ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ainsi, le seul moyen d’obtenir des mesures de sécurité dignes ou de fermer des productions non essentielles a été la lutte contre les directions d’entreprises. A la RATP par exemple, « on dénonçait, on dénonçait, on s’est battus », avec « des menaces, de droit de retrait, de grève », pour obtenir, au bout de 10 jours, du gel hydroalcoolique et des lingettes désinfectantes, témoigne Nadia.

De même à la Poste, où les facteurs n’ont eu aucune consignes ni protections - alors même que certains distribuaient le courrier dans les maisons de retraites et les EHPAD, après avoir fait le tour de nombreux foyers - avec le risque de devenir eux-mêmes « facteurs du virus ». Sébastien, raconte que là aussi, ce sont des mobilisations massives (sous forme de droit de retrait) sur tout le territoire qui ont permis de faire reculer la direction qui a été forcée d’annuler le courrier en recommandé pour limiter les contacts, ou encore de diminuer les jours travaillés pour les salariés. Des luttes qui dans de nombreuses entreprises avaient un message clair : celui d’obtenir des conditions sanitaires viables, et de continuer à travailler pour les besoins essentiels de la population : livrer des masques, des médicaments, des courriers de l’hôpital...

Une volonté de répondre aux besoins essentiels de la population qui, bien loin des préoccupations de l’État, a été celle de nombreuses associations et de beaucoup de travailleurs. C’est ce dont est venu parler Madjid Messaoudene, élu en Seine Saint-Denis où « la seule forme de l’État qu’on a vu c’est la forme police ! » Ainsi, le département le plus pauvre de France est celui qui a connu le taux le plus élevé de morts du Covid-19, ses habitants étant ceux qui « travaillent et qui maintiennent la France debout » comme l’affirme le militant. « Le coronavirus est venu révéler un certain nombre d’inégalités et les a fait exploser », et si les habitants « ont pu bénéficier de certaines aides, ce n’est pas le fait de l’État ! ».

En Seine Saint-Denis comme à Marseille, les quartiers populaires n’ont trouvé d’aide que dans des initiatives d’auto-organisation de travailleurs, ou auprès d’associations. Kamel est ainsi venu en représenter un des exemples les plus avancés : celui des travailleurs du McDonald’s de Marseille, qui ont réquisitionné leur lieu de travail pour aider nourrir les plus démunis dans les quartiers de la ville. De même, Christian, travailleur chez Neuhauser, (une entreprise qui produit du pain pour les grandes surfaces), a réussi avec ses collègues à lutter pour que toute une partie de la production qui allait être détruite par leur patron, soit redistribuée à la population et ce notamment via des associations.

Lutter contre le discours nationaliste ambiant en période de crise : l’État n’est pas l’allié des travailleurs

En lutte contre les attaques aux conditions de travail, pour les militants c’est aussi contre les offensives idéologiques et politiques que se mène la bataille, dans un moment de crise où plus que jamais, les classes populaires ne doivent pas se laisser diviser. Ainsi, dans les discours du gouvernement depuis le début de la crise, les solutions souverainistes, de repli national, de rapatriement de la production sur le territoire se sont fait beaucoup entendre. Un penchant souverainiste qui par ailleurs se taille une large place y compris dans les oppositions au gouvernement, que ce soit à droite ou à gauche. Pour Christian, salarié au technocentre Renault Guyancourt, il ne faudrait pas que les travailleurs marchent dans le piège de « ce parfum du nationalisme qui monte en Europe » : « c’est très dangereux, c’est pas ça le problème ».

Contre les relents nationalistes, Olivier Besancenot est lui aussi très clair : « Les frontières fixées par l’État-nation » ne sont pas celles qui vont nous « protéger du libéralisme et de l’autoritarisme ». C’est État c’est « l’État qui a gavé de centaines de milliards d’euros avec nos impôts les banques pendant la crise financière de 2008 », et qui aujourd’hui « est en train de faire la même chose pour sauver les profits des grandes entreprises, en pleine crise du Covid-19 ». « On n’est pas seulement confrontés à logique folle et aveugle de l’économie de marché dans cette crise sanitaire, on est aussi confrontés à un appareil d’État particulièrement bureaucratisé qui a pris des décisions politiques insensées ! »

Pas d’oubli pour les responsables de la crise ! Organisons-nous pour la période de luttes à venir !

Les périodes de crise révèlent les failles, les rouages, le pourrissement du système d’une manière particulièrement crue. Des milliers de morts, de contaminés, de la mise en danger de millions de travailleurs, Olivier Besancenot « espère qu’on va s’en souvenir ! » « On voit partout que si les salariés n’avaient pas résisté, n’avaient pas cherché à défendre leurs propres intérêts, ça aurait été beaucoup plus grave que ça puisqu’on voit bien que le réflexe patronal n’est pas du tout de se préoccuper de la santé des travailleurs » ajoute Philippe Poutou, dans la dernière intervention du meeting.

Les leçons de cette crise doivent être celles-ci. Les travailleurs ne peuvent que compter sur eux-même et doivent s’organiser contre l’État et les patrons, contre le néolibéralisme qui n’accorde aucune valeur à la vie des plus précaires, n’hésitant pas à les mettre en danger pour sauver autant que possible des profits des capitalistes. « Il faut qu’on s’organise (…) qu’on voit comment on va résister » poursuit Philippe Poutou. Une conclusion partagée par Raphaël, militant étudiant et préparateur de colis chez Chrononodrive, secteur sur-exploité pendant ces deux derniers mois. Pour les jeunes qui ont comme lui connu les cadences infernales pendant la période, et à qui on demande aujourd’hui de passer des partiels comme si de rien n’était, la situation pose une base pour la rupture du « pacte méritocratique » qui conduit la jeunesse a accepter de galérer à travailler dans les boulots les plus précaires, étudier, et s’inquiéter chaque mois de ne pas réussir à payer son loyer ou se nourrir. A partir de là, il faut se préparer au potentiel « retour explosif du mouvement étudiant ».

Une chose est sûre, et c’est ce sur quoi se termine le meeting : ceux qui ont été en première ligne des victimes du Coronavirus - envoyés « au front », sans protections, sans mesures de sécurité décentes, ou livrés aux violences policières, et déconfinés aujourd’hui pour relancer les profits – n’oublieront pas ! Dans cette période de crise et alors que le déconfinement marque un nouveau tournant, il est essentiel de s’organiser pour « changer le rapport de force » et renverser ce système !




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