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Politique

Mensonge en heure de grande écoute

Rémy Buisine frappé par la police. Darmanin ment en disant qu’il n’a pas répondu à l’IGPN

Sur France 2 jeudi soir, Gérald Darmanin est revenu sur l'évacuation violente des réfugiés lundi Place de la République, et a accusé Rémy Buisine, journaliste violenté par la police, d’avoir refusé de répondre aux questions de l’IGPN. Des propos démentis aussitôt sur Twitter.

samedi 28 novembre 2020

Rémy Buisine (à gauche) en janvier 2019 pendant une manifestation des gilets jaunes. Photo Ludovic Marin. AFP

Gérald Darmanin était visiblement mal à l’aise jeudi soir sur le plateau du 20h de France 2. Interrogé sur le passage à tabac du journaliste Rémy Buisine par des policiers lundi soir, alors que celui-ci couvrait l’expulsion musclée de plusieurs centaines de migrants installés Place de la République à Paris, le Ministre de l’Intérieur s’est vu forcé de condamner ces scènes : « Il n’avait pas à être poursuivi et frappé », avant d’ajouter « l’IGPN a souhaité entendre monsieur Buisine qui n’a pas, pour l’instant, souhaité répondre aux questions ».

Le journaliste de Brut a aussitôt démenti ces propos sur Twitter : « Contrairement aux affirmations de Gérald Darmanin sur France 2 disant que je « n’ai pas souhaité répondre aux questions » de l’IGPN. C’est bien évidemment faux, je reste à disposition des enquêteurs dans les plus brefs délais, » a-t-il noté.

Le Ministre de l’Intérieur renvoie ainsi au rapport de l’IGPN publié le 25 novembre qui soutient également, malgré l’évidence des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrant Rémy Buisine au sol, frappé par un policier, que « les constatations […] ne font état d’aucun coup porté par le policier avec les poings ou avec la matraque ». Dans son fabuleux tour de passe-passe, l’IGPN en vient même à se demander ce que le journaliste pouvait bien faire au sol : « Il conviendra de chercher ces témoignages [de témoins directs ou de la victime, ndlr] pour compléter et déterminer s’il y a eu un usage de la force, pour quelles raisons éventuelles et dans quelles conditions [le journaliste] s’est retrouvé allongé au sol. »

Comme le montrent ces vidéos tournées Lundi 23 novembre au soir, Rémy Buisine et plusieurs de ses confrères ont été violenté à diverses reprises. Des violences qui s’inscrivent dans un contexte d’attaque contre les droits de la presse et de manifester avec la loi Sécurité Globale Dans la même soirée, les images des forces de l’ordre expulsant plusieurs centaines de réfugiés en situation de mal-logement de la Place de la République, à coups de matraque, de gaz lacrymogènes, ou en confisquant leurs tentes avaient fait le tour des réseaux sociaux.

Une occupation des réfugiés et de leurs soutiens motivée par l’expulsion de près de 2500 personnes d’un camp de migrants à Saint-Denis sur ordres du Ministère de l’Intérieur et de la Préfecture de Paris. Mercredi 25 novembre, soit deux jours après la brutale évacuation, Gerald Darmanin, avait déclaré renouveler sa confiance au préfet de police de Paris Didier Lallement, connu comme un champion de la répression depuis le mouvement des Gilets Jaunes.

Loi sécurité globale, affaire Michel Zecler : Darmanin mis à mal

Les propos de Gérald Darmanin, que certains disent mensongers, interviennent dans un contexte où le Ministère de l’Intérieur et les forces de l’ordre sont sécoués par la mobilisation contre le projet de loi « Sécurité globale » et son article 24.
Ces derniers jours, en plus de la répression survenue Place de la République, les images montrant l’agression du producteur de musique noir Michel Zecler, roué de coups et injurié par la police dans son studio d’enregistrement du 17e arrondissement de Paris avaient suscité un grand émoi dans la presse et sur les réseaux sociaux. Les vidéos de la scène avaient permis de démentir la version policière accusant la victime d’avoir tenté de les agresser et de leur subtiliser leur arme.

Après avoir énuméré les nombreuses polémiques récentes, la journaliste de France 2 Anne-Sophie Lapix a demandé au Ministre de l’Intérieur s’il comptait démissionner. Une question à laquelle il a lui-même refusé de répondre. En tout cas, les mensonges de Darmanin concernant l’IGPN montrent que pour obtenir justice, c’est sur la mobilisation en toute indépendance de l’Etat et de ses institutions qu’il faudra compter.




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