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500 personnes rassemblées contre la répression des enseignants de Pasteur

Alors que les dossiers vides témoignent du caractère politique de la répression de l’Education Nationale visant une équipe pédagogique engagée, la grève suivie dans le 93 et le rassemblement de soutien massif devant la DSDEN démontrent la détermination du corps enseignants, des parents d'élèves et des soutiens à faire annuler les mutations-sanctions.

mardi 12 avril

© Révolution Permanente

Journée de mobilisation réussie en Seine-Saint-Denis

Ce mardi 12 avril avait lieu une journée de mobilisation en soutien aux six professeurs réprimés de l’école Pasteur, à l’appel d’une intersyndicale du 93.
Avec une dizaine d’écoles fermées et des délégations de collèges et lycées, la grève était suivie dans le 93 en solidarité avec les 6 professeurs réprimés et leurs 16 collègues de l’école Pasteur, en grève reconductible depuis vendredi dernier.

Le rassemblement devant la DSDEN (Direction des services départementaux de l’Education) a réuni plus de 500 personnes : de nombreux enseignants et parents d’élèves particulièrement déterminés, mais aussi des délégations d’autres secteurs. On a pu notamment relever la présence de travailleurs des transports, de la RATP comme de la SNCF, venus en soutien, ainsi que la présence de figures politiques, parmi lesquelles Eric Coquerel (France Insoumise), Stéphane Peu (Parti Communiste) et Anasse Kazib (Révolution Permanente).

Une journée de mobilisation réussie qui témoigne de l’importante solidarité face à ce cas de répression.

Une mobilisation déterminée contre cette répression politique scandaleuse

Pour rappel, les six enseignants, tous syndiqués et connus pour leur engagement politique, sont soumis à une mutation forcée au nom de l’« intérêt du service ». Certains des enseignants réprimés consultaient ce mardi leurs dossiers afin de connaître les motifs de leurs mutations-sanctions qui font suite à une enquête menée à charge contre une équipe pédagogique engagée, ciblée par une offensive de l’extrême-droite. Comme on pouvait s’y attendre, les dossiers sont vides, ce qui témoigne d’une répression politique ciblée qu’ont dénoncé syndicats, enseignants, parents d’élèves et soutiens.

« Nous avons eu depuis accès aux dossiers et nous savons en réalité que rien ne peut leur être reproché en termes de fautes professionnelles. Il s’agit d’une offensive du rectorat contre une école qui refuse d’être mise au pas », dénonçait en ce sens une syndicaliste SNUipp.

Une répression politique réactionnaire également dénoncée par Eric Coquerel : « Tout cela rappelle la chasse aux sorcières qui est organisée depuis maintenant des mois, des années dans l’Éducation Nationale, par Blanquer, par Vidal, à la recherche de je ne sais quel « islamogauchiste », « wokiste » ou autre. Avec un Blanquer qui a trouvé intéressant et utile, en pleine crise du Covid, d’aller faire un colloque à la Sorbonne sur les supposées dérives du wokisme. Ils ont tellement parlé du wokisme et d’islamogauchisme qu’ils ont fait monter l’extrême-droite. Cette directrice qui fait la chasse aux sorcières dans une école, s’est inspirée de la même chose : d’une extrême-droitisation. Et c’est aussi cela que symbolise cette lutte : on ne doit pas céder à ça, on doit défendre une école dans laquelle les thèses de l’extrême-droite n’ont pas à sévir ».

Plusieurs parents d’élèves dénoncent une attaque de plus contre les quartiers populaires qui subissent déjà le manque de moyens structurel et sont les premiers touchés par la casse des services publics. Ils défendent les professeurs réprimés, investis dans le quartier et qui enseignaient pour certains depuis plus de 10 ans dans l’école Pasteur. « C’est eux les vrais défenseurs de l’école des quartiers populaires ! On est émus et mobilisés parce qu’on voit le regard qu’ils portent sur nos enfants. Cette décision est totalement arbitraire », revendique un parent d’élève. Même indignation du côté d’une habitante de Bobigny : « Il y a aussi un collectif d’habitants et on ne laissera pas partir nos enseignants. Dans notre collège il manque 3 profs ! On veut que nos enfants aient la même éducation, à Saint Denis comme ailleurs ».

Au-delà, plusieurs interventions rappelaient les attaques à venir et défendaient la nécessité de s’opposer à toute répression et de préparer la lutte contre ces différentes offensives :

« Au lendemain de cette élection présidentielle, on a vu que la réponse ,’allait pas être dans les institutions, mais dans la rue. On va se faire attaquer fort les cinq prochaines années. On le voit déjà avec la loi Rilhac ou l’imposition de chefs qui sollicitent les journaux d’extrême-droite ! Et dans les quartiers populaires, on subit toutes les attaques sociales, les attaques économiques, les attaques racistes, les attaques islamophobes », soulignait Gwen, professeur des écoles à Sarcelles.

Yassine, chauffeur de bus RATP venu en soutien, abonde et insiste sur la nécessité de faire converger les luttes face à cette guerre sociale : « J’oublie pas le soutien de beaucoup d’enseignants, qui étaient présents à nos piquets de grève au mois de décembre [durant la lutte contre la réforme des retraites]. Je me devais de rendre la pareille. Au nom de ma section CGT, je viens faire un don de 300€ à la caisse de grève des enseignants de l’école Pasteur. […] Il y aura d’autres mobilisations, le gouvernement cherchera encore à casser nos conditions de travail, à réformer la retraite pour qu’on travaille plus longtemps, on se reverra dans les luttes ! ».

Pour obtenir la levée des sanctions, il est nécessaire d’élargir la lutte contre la répression

Cette journée de mobilisation réussie est un premier pas pour obtenir l’annulation de toute sanction à l’encontre de l’équipe pédagogique de Pasteur. Mais pour gagner, la lutte doit s’élargir et s’amplifier.

« La seule chose qu’ils comprennent, c’est le rapport de force, c’est la grève, c’est lorsque les parents d’élèves qui donnent de la force soutiennent la mobilisation. Si les 6 de Pasteur demain sont contraints d’être mutés, c’est la porte ouverte pour toutes les autres écoles. Ce sont des attaques sans précédent, ils essaient de vous discipliner, de nous imposer leurs règles. Et on voit très bien dans cette période électorale où certains parlent de faire barrage à Marine Le Pen qu’il n’y a pas un meilleur tremplin que le gouvernement d’Emmanuel Macron, que Blanquer et autre pour cette extrême-droite. Et on va faire en sorte – aussi dans mon syndicat et avec toute la force que je peux vous donner de remplir votre caisse de grève – de leur envoyer un message fort : si les six de Pasteur ne restent pas à Pasteur, de généraliser la grève à l’ensemble de l’Éducation Nationale ! », pointait Anasse Kazib.

A ce titre, un nouveau comité de soutien était réuni à l’initiative des parents d’élèves et des enseignants de l’école Pasteur ce mardi 12 dans l’après-midi pour réfléchir aux suites à donner.

C’est d’autant plus important que dans le contexte des attaques à venir et dans une situation déjà marquée par le tournant autoritaire qu’a incarné le quinquennat Macron, la lutte contre la répression est cruciale et incarne dans le cadre d’un deuxième tour réactionnaire le premier jalon d’une riposte politique.

En ce sens, une journée nationale de grève contre la répression dans l’éducation serait le moyen d’amplifier la mobilisation et d’opposer une réponse déterminée qui donne le ton et remobilise face au quinquennat à venir. Cette répression est en effet autant une offensive suite à un quinquennat marqué par une importante mobilisation du secteur, qu’un moyen préventif du gouvernement et de l’institution, visant à mieux imposer les attaques à venir.



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