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Notre classe

Grève dans l’Éducation nationale

Marion, enseignante dans le 93 : « A partir du 13 en grève, en AG, en reconduction contre Blanquer et son monde ! »

A la veille d'une grève d'ampleur dans l'éducation, Marion, professeure à Aubervilliers, syndiquée à Sud Education et militante à Révolution Permanente, revient sur les raisons de la colère, après cinq ans de destruction de l'Education nationale par Blanquer et Macron et une gestion chaotique sur le plan sanitaire. Elle pose aussi des perspectives sur l'organisation de la mobilisation et ses suites.

mercredi 12 janvier

Révolution Permanente : Alors que la grève du 13 janvier s’annonce très suivie dans l’éducation, Jean-Michel Blanquer déclarait hier « on ne fait pas une grève contre un virus » et appelait à « l’unité » …

Marion : Et il y a quelques jours, il déclarait que les profs étaient absentéistes. C’est ce type de déclaration qui en dit long sur le mépris et c’est ce qui met de l’huile sur le feu. Nous ne sommes pas absentéistes mais malades ! Et nous ne ferons pas l’unité avec ceux qui saccagent l’éducation nationale ! On voit de plus en plus le gouvernement envoyer Véran ou Castex faire les annonces concernant l’éducation, tant la figure de Blanquer cristallise la colère du secteur. Demain, on s’apprête à être majoritairement en grève non pas contre le virus comme l’affirme Blanquer qui cherche à décrédibiliser notre lutte, mais contre une gestion sanitaire catastrophique voir criminelle, mais aussi plus généralement contre les réformes néolibérales et contre la casse de l’Éducation Nationale, et du service publique plus en général et pour l’école, pour les services publics, pour une éducation de qualité pour l’ensemble de la société. Il y a beaucoup de contestation, qui dépasse largement le cadre de notre profession.

Blanquer a réussi la prouesse d’être le catalyseur d’une colère accumulée depuis plusieurs années de gestion sanitaire, une colère des enseignants mais aussi de nombreux collègues précaires de l’éducation, AESH, AED et AP. L’autre prouesse de Blanquer, c’est celle de mobiliser des secteurs de l’administration tels que les chefs d’établissements et inspecteurs. C’est dire à quel point la crise est profonde. Par ailleurs nous avons le soutien plein et entier des parents qui comprennent les enjeux !

Cette rentrée de janvier a été marquée par un niveau de crise assez inédit dans l’éducation, dans un contexte de niveaux records de contamination avec le variant Omicron et du fait de l’absence d’un protocole sanitaire à la hauteur. Concrètement dans ton établissement, quelle est la situation et comment tu l’analyses ?

Sur l’un des deux établissements où je travaille, dès le premier jour de rentrée, j’avais en moyenne 8 à 10 élèves de moins dans ma salle de cours. Depuis la reprise, quatre « protocoles sanitaires » différents se sont succédés mais ils ne sont absolument pas à la hauteur puisqu’ils visent seulement à garder les enfants à l’école pour que les parents puissent aller travailler. Cela génère beaucoup de situations de stress pour les élèves – qui doivent rater les cours dès qu’ils sont testés positifs ou quand ils sont cas-contacts et multiplier les tests – et pour les collègues, pour qui il n’y a aucune continuité pédagogique possible. Sans compter l’absence de mesures préventives, comme les masques FFP2 et la difficulté de nettoyer systématiquement les salles par manque d’agents en nombre suffisant.

Et cette situation de crise sanitaire s’ajoute à une situation de casse de l’éducation publique, organisée par le gouvernement et ses prédécesseurs dans une logique ultra libérale qui vise à développer le privé en démantelant le service public par de moins en moins de moyens, la suppression de postes mais aussi en poussant à bout de nerfs les collèges. Les réformes toujours plus austéritaires et les protocoles contradictoires qui se succèdent depuis le début de l’épidémie créent une situation de stress, poussant à des départs. De ce point de vue, les chiffres ont énormément augmenté dans la profession ces deux dernières années. Par ailleurs, ce gouvernement a cherché à intensifier depuis cinq ans une éducation sélective, comme le montre la réforme des E3C du bac, réforme de l’enseignement professionnel, mais également Parcoursup avec l’impossibilité d’accéder aux études supérieures : tout ce qui a été mis en œuvre vise à augmenter le tri social.

Dès la rentrée on a vu des phénomènes locaux de mobilisation et une colère généralisée qui se traduit par une ampleur inédite de l’appel à la grève pour la journée du 13 janvier. Comment s’organise la grève et quelles sont vos revendications ?

Demain on sera en grève pour revendiquer des mesures immédiates : masques FFP2, purificateurs d’air, capteurs de CO2, exiger des embauches à commencer par les agents qui nettoient les salles, mais aussi de professeurs, AED, AESH, AP. Dans le 93 il faut savoir qu’un élève perd en moyenne un an de scolarité parce que les profs ne sont pas remplacés. On demande donc que les professeurs contractuels soient embauchés immédiatement et au statut. Il existe par ailleurs des listes complémentaires dans l’Éducation Nationale qui permettraient d’embaucher immédiatement des professeurs et ainsi désengorger les salles en faisant des demi-groupes pour diminuer le nombre d’élèves par classe. Depuis le début de l’épidémie, les travailleurs de l’éducation élaborent par en bas des revendications, de demi-groupe, d’embauches, de moyens spécifiques pour pouvoir tenir les établissements ouverts, ce que le gouvernement balaye du revers de la main parce que sa volonté c’est de maintenir sans aucuns moyens l’école « ouverte » coûte que coûte.

Au-delà de ces mesures immédiates, la colère est bien plus profonde. Ainsi, les élèves sont dans une situation de stress perpétuel parce qu’on maintient des évaluations et les examens alors qu’ils n’ont pas cours la moitié du temps avec le Covid. Dans mon établissement par exemple, il n’y a pas de prof de SVT depuis le début de l’année donc les élèves de 4 classes vont passer leur brevet sans même avoir eu cours, on imagine l’état de stress dans la tête d’un enfant de 14 ans face à ça !

Ce qui est en jeu finalement c’est le type d’éducation que l’on veut pour nos enfants. On voit là que se percutent les intérêts d’un gouvernement, d’une classe, à ceux d’une autre classe. L’« école ouverte » made in Macron, Blanquer et Roux de Bézieux vise à maintenir l’économie « quoi qu’il en coûte », et le système éducatif qu’ils proposent c’est une précarisation des travailleurs, des fermetures de classes, des établissements blindés et le développement de la privatisation.

Depuis le lundi de la reprise, la machine s’est emballée et de nombreux professeurs ont poussé les directions syndicales à appeler à la grève parce que la situation est devenue infernale. Jeudi sera une énorme démonstration de colère de l’ensemble des secteurs de l’éducation, des parents et des élèves. Mais si la mobilisation sera d’ampleur, pour en récolter les fruits, il va falloir généraliser les assemblées générales partout où c’est possible. Dans le 93 où j’enseigne, de nombreuses AG sont prévues à Noisy, Bobigny, Montreuil, Saint-Denis, Aubervilliers, Pantin, etc. A quelques semaines des présidentielles, il y a un enjeu à ce que les travailleurs s’organisent pour mettre un coup d’arrêt à la politique de Blanquer et Macron et au-delà à ce que les travailleurs, parents et élèves, se réapproprient la question de l’éducation. C’est l’occasion de s’emparer non seulement des revendications immédiates mais aussi de l’éducation que l’on veut construire, émancipatrice, réellement inclusive, où l’on puisse déconstruire le sexisme, le racisme, parler d’écologie et du monde d’après.

Pour opposer un plan de bataille à même d’opposer notre propre issue à la crise, il est indispensable de multiplier les AG et donner une continuité à cette grève avec une reconduction dès le lendemain du 13 !




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