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Déconfinement

Annonces du gouvernement : un optimisme de façade malgré la crise

C’est un premier ministre enjoué qui s’est exprimé ce jeudi dans les médias pour annoncer l’évolution des mesures de déconfinement qui prendront effet le 2 juin. Pourtant, le gouvernement se prépare à la crise économique et sociale accélérée par la pandémie.

jeudi 28 mai

Crédit photo : AFP

Édouard Philippe était accompagné d’Olivier Véran – ministre des Solidarités et de la Santé – et de Jean-Michel Blanquer – ministre de l’Éducation – pour annoncer les nouvelles mesures gouvernementales, relatives à la deuxième phase du déconfinement qui débutera le 2 juin et seront appliquées jusqu’au 22 juin.

L’enjeu pour le gouvernement était d’apparaître maître de la situation, dans un contexte de polarisation sociale croissante et de décrédibilisation de l’exécutif – en témoignent par exemple la perte de la majorité absolue du groupe LREM à l’Assemblée nationale, actée par le délitement du parti présidentiel.

Pour Édouard Philippe, l’allocution de ce jeudi 28 mai représentait un exercice d’équilibre sur la fameuse « ligne de crête » entre sécurité sanitaire et relance économique. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le premier ministre, d’apparence optimiste, s’est bien plus épanché sur les avancées sur le plan sanitaire que sur les conséquences de plus en plus dramatiques de la crise économique.

Annonciateur de bonnes nouvelles, l’allocution ministérielle s’est essentiellement centrée sur les bons résultats mesurés par les dispositifs de surveillance sanitaire et la présentation des « libertés retrouvées » dans la plupart des régions (à l’exception de l’Île-de-France, Mayotte et la Guyane qui restent en orange sur la carte). Réouverture des bars, cafés et restaurants, des parcs et jardins, des équipements sportifs tels que les gymnases et les piscines, des lieux culturels (théâtre et salles de spectacle, musées et monuments) ainsi que des loisirs comme les plages, lacs et plans d’eau. La limites des déplacements à 100 kilomètres du domicile sera également supprimée au 2 juin.

Jean-Michel Blanquer pour sa part, a explicité la volonté de voir l’ensemble des établissements scolaires rouvrir dans les prochains jours, pour tous les niveaux dans les zones vertes. Le ministre de l’Education, qui n’est plus a une exception près, a également dû assumer l’annulation des épreuves orales du bac français dont il annonçait pourtant le déroulement normal jusqu’à récemment. Ainsi, les lycéens en classe de première se verront évaluer en contrôle continu, sur la moyenne des résultats obtenus durant les deux premiers trimestres.

Mais le diable se cache dans les détails, et les principaux motifs d’inquiétude résident surtout dans ce que les ministres n’ont pas développé. D’une part, il y a les grandes difficultés rencontrés par les travailleurs de la santé, l’absence de systématisation des tests et la gestion autoritaire et répressive du déconfinement. D’autre part il y a l’ensemble des conséquences dramatiques pour une part importante de la population de la crise économique, les suppressions d’emplois et la hausse du chômage, qui n’ont presque pas été abordées.

À l’hôpital, un retour « à la sérénité » ?!

Édouard Philippe, annonçait fièrement le taux d’hospitalisation de patients atteints du Covid et qui décroît progressivement, expliquant que ces chiffres étaient synonymes d’un « retour au calme, à la sérénité » pour les soignants. Une description à mille lieues du quotidien de ces travailleuses et travailleurs en première ligne, qui dénoncent depuis plusieurs années des conditions impossibles, en termes de manque d’effectifs et de moyens, et que la crise est venue aggraver et mettre en lumière.

Depuis le début du déconfinement, les rassemblements devant les hôpitaux se sont d’ailleurs multipliés face aux promesses non tenues du gouvernement, réunissant soignants et soutiens pour les « mardi et jeudi de la colère ». Les travailleurs de la santé dénoncent le plan de démantèlement de l’hôpital public qui se cache derrière le « Ségur de la santé » et revendiquent à la place une augmentation de tous les salaires, l’embauche des contractuels, des effectifs à la hauteur des besoins et la réouverture de lits.

Un appel a déjà été lancé pour faire converger les colères derrière ces travailleurs envoyés au front sans armes le 16 juin.

Même la promesse de 700 000 tests n’est pas tenue

En dépit du grand discours d’Olivier Véran sur la possibilité d’effectuer des tests massivement, la réalité est loin des promesses gouvernementales. Malgré la possibilité de se faire désormais prescrire un test sérologique – qui détermine si on a développé une certaine immunité au virus – en plus du test virologique – dont la fiabilité est, d’après les dernières études, toute relative – on est loin des 700 000 tests par semaines revendiqués par le gouvernement.

Lionel Barrand, biologiste récemment interviewé par Mediapart, expliquait : « 700 000, on ne pourrait pas les faire […] il nous manque toujours du matériel et le soutien du ministère de la santé pour obtenir des livraisons auprès des fournisseurs ». L’objectif des 700 000 tests hebdomadaires initialement annoncé par le gouvernement a d’ailleurs progressivement été abandonné dans le discours officiel.

Licenciements et chômage de masse

Si les annonces étaient centrées sur les avancées sanitaires justifiant d’assouplir encore les mesures de déconfinement, bien peu a été dit sur les conséquences économiques de la crise. Édouard Philippe, au début de son allocution, a évoqué ce nouveau front, nécessitant une « mobilisation générale » face à une « récession historique ». Mais sur les moyens de lutter contre cette crise économique d’ampleur, pas un mot.

Pourtant, les licenciements se multiplient et les chiffres du chômage sont alarmants. À titre d’exemple, Renault qui bénéficie pourtant du plan d’aide à hauteur de 8 milliards d’euros financé par l’État, va supprimer 5000 emplois. Une façon de faire payer la crise aux travailleurs, en les plongeant dans la précarité.

C’est contre ces conséquences dramatiques de la crise que des milliers de salariés menacés de chômage sont en train de se battre à travers le monde. A l’instar des ouvriers de la Fonderie de Bretagne, l’un des sites menacés de fermeture par Renault, il est plus que nécessaire que ces luttes agglomèrent tout notre soutien et notre solidarité.

Une gestion autoritaire et répressive de la crise

De nombreuses polémiques ont éclaté autour de l’escalade répressive qui vise à faire accepter par la force les conséquences de la crise. Dernière en date, la condamnation des violences policières dans les quartiers populaires par Camélia Jordana, à qui Castaner s’est retrouvé obligé de répondre.

En effet, durant le confinement, les quartiers populaires ont vu se multiplier les contrôles et ont enregistré le plus fort taux de verbalisation. Les images de violences policières se sont multipliées sur les réseaux sociaux. De cela, évidemment, il n’était pas question dans le discours du premier ministre ce jeudi. Pourtant, en faisant reposer l’ensemble du bon déroulement du déconfinement sur la responsabilité individuelle et le « civisme », le gouvernement ouvre la voie à la justification de l’arbitraire policier et aux violences qui se multiplient contre ceux qui sont aussi les plus précaires, en première ligne face à la crise économique.

Enfin, Edouard Philippe a du s’attarder sur la très controversée application StopCovid, permettant de géolocaliser et retracer l’ensemble d’une chaîne de contamination. Un formidable outil selon le gouvernement, qui cache en réalité une généralisation de la surveillance pour l’ensemble de la population. Le premier ministre a insisté sur le fait que l’utilisation des données par l’application est « anonyme et temporaire », ce dont on est en droit de douter.

Ainsi, les annonces gouvernementales ont apporté peu de réponses au-delà des mesures déjà pressenties, mais ont surtout soulevé beaucoup de questions. Face à cet optimisme de façade et à une majorité présidentielle fragilisée par la crise, faisons entendre nos colères et converger nos luttes, pour une véritable sortie de crise. Car c’est à eux de payer la facture.




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