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Politique

« Mardi de la colère » : les rassemblements de soignants se multiplient, vers une convergence ?

Après les premiers rassemblements, les soignants et leurs soutiens se sont à nouveau retrouvés pour un premier « mardi de la colère ». Ils revendiquent des revalorisations de salaire et des moyens pour l’hôpital public alors que la crise sanitaire a essentiellement pesé sur eux. Une contestation qui s’organise face aux promesses non tenues du gouvernement et avec pour objectif de préparer la date du 16 juin.

mardi 26 mai

Crédit photo : AFP

Des rassemblements dans toute la France pour des moyens pour l’hôpital public

Ce mardi 26 mai a eu lieu le premier « mardi de la colère » des soignants, appelé dans toute la France et qui a été suivi largement. Les soignants se sont rassemblés avec des soutiens devant les hôpitaux pour « déconfiner leurs colères » et revendiquer plus de moyens, des revalorisations salariales et pour protester face à l’insuffisance du projet Ségur, proposé par le gouvernement.

À Lille, les soignants chantaient « Même si Macron ne le veut pas nous on est là ! » ou « Tous ensemble, tous ensemble, grève générale » accompagnés de nombreux habitants venus les soutenir.

Au CHU de Charles Foix (94), les soignants ont jeté symboliquement leurs médailles. Alors que Macron ne leur a offert que des primes qui divisent et de fausses gratifications, ils ont décidé de lui dire que « ses médailles, il peut les garder, car ils veulent de la reconnaissance, des salaires, des moyens et la fin des fermetures de lits ».

Mais les rassemblements ont aussi eu lieu à Lyon, à Pau ou encore à Bordeaux, Toulouse, Dieppe, Aix-en-Provence ou Boulogne-sur-Mer.

A Boulogne-sur-Mer, les soignants ont accroché les photos de leurs collègues disparus pendant la crise sanitaire. Le secrétaire départemental CGT explique à La Voix du Nord « J’ai 20 ans de métier, je suis toujours à 1 500 €, en bossant un week-end sur deux. On ne peut pas accepter ça ! »

Derrière les promesses du gouvernement, les soignants voient clair

Après les annonces de Philippe et Véran et le lancement du projet Ségur, sorte de Grenelle de la santé, les soignants sont restés mobilisés. Fini les promesses, ils veulent des mesures sociales et des actes clairs, des moyens et des embauches. Pour eux, derrière des promesses de revalorisations et d’investissements se cachent surtout la flexibilisation, la possible fin des 35 heures et des modifications de la gouvernance dans les hôpitaux avec l’introduction de partenaires privés. En clair, des « mesurettes » qui cachent surtout la continuation de la casse de l’hôpital public.

Sylvie, soignante à Toulouse au CHU de la Grave, se bat contre le projet Ségur qui a pour but de : « rallonger le temps de travail ». Pour elle, cela annonce la « fin du service public et le démantèlement de la sécurité sociale ». Elle ajoute : « On ne veut pas travailler plus, ils libéralisent le temps de travail, ils veulent nous faire travailler comme dans une usine de rendement, c’est de la marchandisation ». Elle appelle à ce que soignants et usagers convergent pour lutter contre ces mesures et pour un service public de qualité.

A Montpellier, les soignants disent ne pas être étonnés par la situation sanitaire actuelle étant donné l’état de l’hôpital public. Ils ne croient plus aux discours du gouvernement, entre « des primes qu’on n’aura pas, des revalorisations qu’on n’aura pas, des médailles dont on ne veut pas » et en attendant « les conditions de travail sont toujours les mêmes, toujours aussi peu de lits, aussi peu de matériel, etc. ». Chez eux la « colère gronde et la crise les a réveillés, ils sont prêts pour aller manifester ».

Dans le 93, où l’épidémie a été très importante notamment à cause de l’insuffisance des services disponibles, les soignants sont aussi mobilisés. L’un d’eux prend la parole pour revendiquer un autre service public de santé : « Avec les collègues, on s’organise avec trois exigences : des augmentations de salaires, des effectifs à la hauteur des besoins, des réouvertures de lits alors que nos structures sanitaires ne sont pas à la hauteur du département et la titularisation des contractuels contre la précarité ».

Premières convergences avec d’autres secteurs du monde du travail

De nombreux soignants ont choisi la convergence comme mot d’ordre, liant leur lutte à celles de tous les travailleurs en première ligne, contre un même gouvernement et toutes les mesures anti-sociales.

Par exemple, à Dieppe, un soignant a décidé de s’insurger face au traitement de la santé et des travailleurs en première ligne, alors que des milliards ont été donnés aux patronat et qu’aucune mesure sociale ou pour l’hôpital à la hauteur n’est prévue. Il explique : « Sur les 110 milliards débloqués pour l’économique, seuls 9 milliards seront destinés à l’hôpital […] une somme dérisoire par rapport au budget de la santé (200 milliards d’euros environ. Seulement un milliard est consacré au soutien des ménages les plus démunis. ».

Dans la suite de son discours, c’est aussi les autres travailleurs qu’il remercie et qu’il a décidé de soutenir, expliquant notamment : « En parlant d’avenir, comment ne pas dire un mot sur la menace qui plane sur l’usine Alpine de Dieppe, les secondes qui s’égrènent lentement pour aller jusqu’à vendredi, et connaitre la décision du groupe Renault, résonnent dans la tête de chacun comme des grains de sable s’écoulant lentement dans un sablier, et j’ai forcément une pensée forte pour les 400 salariés du site ce matin suspendus au bon vouloir des maîtres de forges… ».

A Bordeaux, les soignants ont ainsi décidé de se prendre en photo pour soutenir Éric Bezou, cheminot menacé de licenciement en pleine crise sanitaire. Des Gilets jaunes, des jeunes et de nombreux habitants étaient venus les soutenir pour leur rassemblement.

Préparer un 16 juin combatif contre Macron et son monde

Ce premier « mardi de la colère » va dans le sens d’un renouveau de la lutte du côté de l’hôpital public. Les rassemblements se multiplient avec de plus en plus de soignants présents et combatifs qui préparent le 16 juin et la généralisation de la mobilisation. Après les différentes grèves notamment dans les urgences et une crise sanitaire qui a dévoilé les conséquences de la casse de l’hôpital public, l’unification des colères est enclenchée. Pour l’instant, encore d’avant-garde, elle commence à s’étendre largement et surtout pourrait entrainer avec elle la colère de tous ceux qui ont mis leur vie en danger et ont été en première ligne pour gérer la crise : les travailleurs.

Dans la grande distribution, des jeunes se battent eux aussi pour de meilleurs salaires, pour obtenir la reconnaissance qu’ils méritent et notamment des primes égales pour tous. Dans les usines, notamment dans l’aéronautique ou l’automobile, c’est contre les licenciements que les colères montent comme à Renault, où quatre sites pourraient être fermés. La seule solution pour obtenir des mesures à la hauteur des besoins et pour gagner face à un gouvernement qui cherche à faire payer la crise aux travailleurs, en alliance avec le patronat, c’est de se battre ensemble pour des mesures à la hauteur de la crise sanitaire et économique en cours. Pour des revalorisations de salaire, pour des moyens à l’hôpital, pour des mesures de protection pour les travailleurs à la fois face au virus et face aux résultats de la crise économique.

Le 16 juin pourrait être une première étape pour allier les colères et reprendre notre voix pour une gestion sociale de la crise. Allié au développement de l’auto-organisation, comme la reprise en main des hôpitaux par les soignants, seuls capables de savoir ce qui doit être mis en place pour garantir la santé de la majorité, ou des entreprises par les travailleurs pour diriger l’activité vers la résolution de la crise. Contre toute tentative de faire payer la crise aux travailleurs et toutes les mesures austéritaires sur les services publics, cela pourrait être le cocktail gagnant pour en finir avec Macron et son monde.




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