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Politique

Une semaine importante

Grève interpro du 10 décembre : cette semaine faisons tout basculer !

Le gouvernement tablait sur un fléchissement de la grève dès le weekend mais c’est tout l’inverse qui s’est passé et celui-ci se retrouve plus acculé que jamais. Alors que le Premier ministre doit présenter le projet détaillé de réforme ce mercredi, cette semaine, il s’agit, en s’appuyant sur la grève des transports qui s’ancre dans la durée, de généraliser la grève à d’autres secteurs.

lundi 9 décembre 2019

Crédits photos : Zakaria ABDELKAFI / AFP

Ce lundi 9 décembre la grève est restée très largement suivie dans les transports, avec seulement 15 à 20% des trains assurés, et dans la capitale en particulier, où 9 lignes de métro sont encore totalement fermées et où la grève a été reconduite, par certaines Assemblées Générales jusqu’à jeudi. Sur les routes franciliennes on atteint même des records avec plus de 600 km de bouchons. Côté raffineries, cinq sur huit sont bloquées, et la grève reste significative dans l’Education nationale, où plusieurs écoles sont restées portes closes. Même à l’international la presse a les yeux braqués sur la France et voit dans la journée de jeudi l’expression d’un ras le bol général contre Macron. « Les Français sont massivement dans la rue et l’exécutif lâche du lest avant même d’avoir détaillé le contenu concret du futur dispositif… Du jamais vu ! » selon un éditorialiste du Figaro. Enième coup dur pour le gouvernement, Delevoye, rouage central dans le projet de réforme et qui rendait compte aujourd’hui de l’aboutissement des « concertations » avec les « partenaires sociaux », a été mis en cause pour avoir des liens avec le monde des assurances privées. Un conflit d’intérêt qui apparaît moins comme un « oubli » que comme la vérité profonde du projet tant il est clair que la réforme des retraites intéresse les fonds de pension privés.

Une chose est sûre, l’épreuve de force a bel et bien commencé et la semaine s’annonce décisive. Pressés par ses opposants comme dans ses propres rangs, le gouvernement a annoncé que le projet de loi serait finalement dévoilé en détails mercredi par Edouard Philippe. C’est ce dernier qui est d’ailleurs envoyé au front depuis le début de la grève pour éviter que la figure d’Emmanuel Macron ne cristallise toute la colère comme avec les Gilets jaunes qui ont fait du « Macron démission » leur signe de ralliement. Un exercice d’autant plus périlleux pour le Premier ministre que les divergences s’approfondissent au sein de la macronie entre les partisans d’une réforme « structurelle » et ceux d’une réforme « paramétrique », ou encore sur le degré de concessions à faire pour tenter de désamorcer la bombe sociale qui est en train d’exploser depuis 5 jours. « L’équation est très piégeuse » explique un proche de l’Elysée, « mettre de côté toute notion d’équilibre ne nous permettra pas de reconquérir une cible électorale éloignée mais donnera à la droite l’occasion de nous taper dessus ». Autrement dit, céder un peu, au moins sur la forme, en donnant l’impression d’avoir entendu la grogne sociale, mais pas sur le fond, pour ne pas perdre son électorat de droite, et ce d’autant plus que dans toutes les têtes LREM c’est la présidentielle de 2022 qui résonne. L’enjeu central pour le gouvernement est de trouver le moyen de satisfaire les syndicats dits réformiste, au premier rang desquels la CFDT et Laurent Berger, déjà favorables à la réforme par point, mais aussi l’UNSA qui s’est montré plus que disposé après sa rencontre avec Delevoye. Pour cela, l’exécutif pourrait envisager de remettre à plus tard l’objectif d’équilibre des budgets ou encore passer à la clause « grand frère », celle du « grand-père » étant trop couteuse politiquement, mais serait prêt sectoriellement à un retour de la clause « grand père ». L’UNSA-RATP ou la CFDT-Cheminots pourraient en effet rentrer dans le rang si le gouvernement acceptait de retarder l’entrée en vigueur du nouveau dispositif. L’autre enjeu est de rassurer les enseignants qui se sont mobilisés de manière historique ce jeudi 5 décembre, et d’empêcher que ces derniers ne s’associent largement au mouvement de grève reconductible. C’est ce qui explique les déclarations de Jean-Michel Blanquer mais également d’Edouard Philippe ces derniers jours selon lesquelles les profs ne verraient pas leur pension diminuer malgré la réforme.

« C’est aujourd’hui que la vraie grève commence »

Du côté de la mobilisation, le défis de tenir la grève durant le weekend a été relevé haut la main. Malgré les perturbations liées à la grève, l’opinion est encore plus favorable au mouvement qu’elle ne l’était avant la journée du 5 décembre : plus de 69% soutiennent les grévistes, un chiffre en hausse de 6 points. Une première étape de franchie qui démontre la détermination à la base contre ce projet de réforme mais qui exprime aussi un ras le bol général contre la politique de Macron. Evoquant l’annonce d’Edouard Philippe prévue ce mercredi, le secrétaire général de l’UNSA-RATP déclare : « Si ce sont des annonces à l’eau tiède, non seulement la semaine qui vient est condamnée mais la prochaine aussi. On ne contrôlera plus rien et le gouvernement et la direction devront se débrouiller avec les grévistes. On entend déjà des collègues dire qu’ils mangeront la bûche de Noël sur les piquets de grève. » Localement, dans les Assemblées générales, à la RATP ou à la SNCF, les interventions qui dénoncent le blabla gouvernemental et l’attitude timorée des directions syndicales qui ont maintenu jusqu’à aujourd’hui les négociations se multiplient. Chez les profs également, dont une partie a reconduit la grève alors que les principales organisations syndicales de l’éducation nationale n’appellent pas à la reconduction mais se contentent de « soutenir » les enseignants localement, ce qui montre une fois de plus le potentiel et la colère qui existent à la base.

C’est maintenant qu’on rentre dans le dur. L’enjeu à présent est que ce potentiel se transforme en une vraie grève générale interprofessionnelle contre la réforme des retraites et contre la politique de Macron. Pour cela il faut d’abord imposer aux directions syndicales d’en finir une bonne fois pour toute avec les concertations : comme le répètent de nombreux grévistes à la base, nous n’avons rien à négocier avec ce gouvernement ! Les Gilets jaunes ont fait la démonstration tout au long de l’année que c’est lorsque la colère sociale s’exprime en refusant de se laisser coopter par le jeu des négociations que la peur change de camp.

De la même manière les secteurs les plus avancés, à commencer par les travailleurs de la RATP ou de la SNCF, devraient chercher à s’adresser à l’ensemble des travailleurs et de la jeunesse pour poser tous ensemble la question de la grève reconductible et d’une radicalisation du mouvement. A commencer par les profs, dont la mobilisation record jeudi 5 a été la plus grosse surprise et qui pourraient permettre de radicaliser le rapport de force, mais aussi des raffineurs, qui avaient joué un rôle important en 2016 en ne se contentant pas de bloquer les raffineries mais en mettant véritablement à l’arrêt leur lieu de travail. Pour faire reculer l’exécutif qui reste déterminé, il faudra plus que des grandes journées de grève et d’action, il s’agira de généraliser la grève reconductible à l’ensemble des secteurs du public comme du privé, en s’appuyant sur l’opinion favorable qui existe majoritairement dans la population, mais dont le soutien doit se transformer en une mise en mouvement. A l’image de ces profs et de ces étudiants qui ont bloqué un dépôt de bus à Saint-Ouen pour soutenir les grévistes de la RATP. Nous avons besoin que toutes les forces rentrent en action !
Pour cela, il faudrait prendre appui sur les Assemblées générales qui existent localement et organiser des Assemblées générales interprofessionnelles, qui permettent de regrouper les différents secteurs mobilisés, d’échanger sur les perspectives et de ressortir avec un plan de bataille commun. Des initiatives de ce type commencent à s’organiser dans différents endroits, comme à Paris et peuvent jouer un rôle décisif pour la suite de la grève pour que celle-ci soit contrôlée par les grévistes à la base et pour construire un mouvement d’ensemble contre Macron.




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