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Mouvement ouvrier

L’intersyndicale appelle-t-elle à la grève reconductible à partir du 7 mars ?

La menace de l’intersyndicale de bloquer le pays le 7 mars a suscité une vague d’enthousiasme chez de nombreux travailleurs. A la base, la nécessité de « durcir le mouvement » est en effet claire depuis une semaine. Pourtant, cet appel à une journée de grève de 24h est encore loin de dessiner la perspective d’une grève reconductible large, essentielle pour gagner.

Paul Morao

13 février 2023

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Ce samedi 11 février, la conférence de presse de l’intersyndicale a marqué un changement de ton depuis le début du conflit. Dans le communiqué lu à cette occasion, les dirigeants syndicaux ont en effet menacé d’appeler « les travailleurs et les travailleuses, les jeunes et les retraité.e.s à durcir le mouvement en mettant la France à l’arrêt dans tous les secteurs le 7 mars prochain » si le gouvernement et les parlementaires refusent d’entendre « la contestation populaire. »

« Mettre la France à l’arrêt » : un changement de ton face à l’inflexibilité du gouvernement

Jusqu’ici l’intersyndicale s’était refusée à appeler à tout « durcissement » du mouvement, rejetant toute idée de « blocage ». Le 8 février, Laurent Berger expliquait encore sur BFM TV : « On ne pense pas que le blocage soit la solution ». Une position qui faisait globalement consensus dans l’intersyndicale, soudée autour d’une même stratégie de pression, fondée sur des journées isolées où la massivité comptait plus que le blocage effectif de l’économie. Une logique qui a d’ailleurs eu pour conséquence une érosion continue des taux de grève au cours des trois premières dates de mobilisation.

Le discours de l’intersyndicale a changé ces derniers jours face à l’inflexibilité du gouvernement, qui n’a pas bougé d’un pouce sur son projet de réforme depuis le début des mobilisations massives et historiques, et alors que, dans le même temps, les appels à durcir le ton se sont multipliés à la base. En reportage à Marseille, Mediapart note ainsi : « Côté CGT et FO, les représentants syndicaux font déjà remonter à leurs fédérations l’aspiration d’une partie grandissante des travailleurs : « Quitte à perdre du salaire, autant y aller d’un coup, jusqu’au blocage. » Cela devient la question principale, dans chaque réunion, chaque assemblée générale, chaque retour de manifestation. » Une aspiration que l’on retrouve également dans la bouche de nombreux militants CFDT interviewés dans les manifestations.

Des éléments qui expliquent le changement de ton de l’intersyndicale, confrontée aux limites d’une stratégie fondée sur la multiplication de manifestations de masse pacifiques, dont la marche du 11 février un samedi sans appel à la grève a été l’expression maximale. Pourtant, si le ton a changé, la stratégie reste pour le moment dans la continuité de la logique de pression initiale.

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Bloquer le pays, vraiment ?

Si l’appel à « mettre la France à l’arrêt » est loin d’être anodin, force est de constater qu’il ne s’agit pour le moment que d’une nouvelle date de 24h et d’une menace. Comme a insisté Laurent Berger samedi « On n’est pas dans la logique de la grève reconductible (…) ce n’est pas un appel à la grève générale. » Une idée réaffirmée dimanche sur RTL : « On a décidé du 7, rien d’autre. (…) Entre le 12 février et le 7 mars il y a largement le temps de discuter ».

A propos de la reconduction du mouvement la tonalité est un peu différente du côté des autres centrales, qui bottent cependant globalement en touche. Du côté de la CGT, Philippe Martinez se disait samedi, comme le 8 février dernier, favorable sur le principe à des grèves reconductibles tout en expliquant que « la question de la reconduction ne se décide pas au niveau des confédérations syndicales, mais dans les entreprises et les services ». Même son de cloche du côté de la direction de FO pour qui : « le 7 mars au soir, dans les différentes branches ou syndicats, ils feront des assemblées générales et décideront ce qu’ils voudront faire ».

L’intersyndicale est ainsi encore loin de préparer le terrain à un appel sérieux à une grève reconductible à destination de l’ensemble du monde du travail, et encore moins de chercher à mettre toutes les forces dans la préparation de cette perspective, continuant de tabler d’ici au 7 sur la possibilité d’une inflexion de l’exécutif ou des parlementaires. C’est le sens des interpellations répétées à ce que « l’article 7 soit discuté » à l’Assemblée, condamnant au passage toute obstruction parlementaire. Une politique fondée sur l’espoir que la droite pourrait faire défaut à Macron, et ainsi faire tomber la réforme dans le cadre du Parlement.

Pourtant, le seul fait d’avoir mentionné l’enjeu du blocage de l’économie a déjà suscité un enthousiasme important dans une partie de la base, interprétant parfois les déclarations de l’intersyndicale comme la promesse d’une grève reconductible. L’enjeu est donc de savoir comment se saisir de cet élan pour concrétiser une perspective qui reste encore très éloignée des objectifs des directions syndicales.

Préparer la reconductible à la base en s’appuyant sur les appels sectoriels

A la différence des directions syndicales, certains secteurs ont commencé à se prononcer plus explicitement en faveur de la grève reconductible. C’est le cas du côté de la CGT Cheminots et de SUD Rail à la SNCF, mais aussi d’une intersyndicale RATP, qui ont annoncé la semaine dernière appeler à la grève reconductible à partir du 7 mars. Une perspective défendue également au niveau confédéral par Solidaires.

Des appels qui sont autant de points d’appui pour commencer à travailler dans cette direction. Dans le même temps, il est clair dans de nombreux secteurs que le départ réel en grève reconductible dépendra de la volonté de plusieurs secteurs de s’engager sérieusement dans cette voie. Ainsi, le refus de la « grève par procuration » reste fort dans nombre de bastions ouvriers, échaudés par les expériences de 2019 ou 2010, marquées par des reconductibles isolées.

En ce sens, il y a un enjeu central à mener une politique volontariste pour se donner le moyen d’enclencher une grève reconductible large à partir du 7 mars. Cela signifie s’organiser à la base dans toutes les entreprises dans des AGs réunissant syndiqués et non-syndiqués pour utiliser les trois semaines à venir afin d’étendre la grève en interne mais également dans l’ensemble des secteurs alentours : sous-traitants, entreprises voisines, etc. Un travail qui devrait permettre de développer des AGs interprofessionnelles qui manquent cruellement dans le paysage à l’heure actuelle.

En outre, un tel travail implique de déborder les mots d’ordre fixés par l’intersyndicale, qui insistent pour se maintenir sur un terrain strictement revendicatif. Le seul retrait de la réforme ne saurait suffire pour entraîner l’ensemble de notre classe, y compris celles et ceux qui subissent déjà des retraites de misère, dans une bataille dure et coûteuse. En ce sens, il y a urgence à établir un programme de revendications qui lie le retrait de la réforme à l’obtention de la retraite à 60 ans pour tous (et 55 pour les métiers pénibles), à des augmentations de salaires et à leur indexation sur l’inflation, mais également à des mesures pour réduire le temps de travail en le partageant entre toutes et tous.


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