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Politique

Edito

Manif’ du 16 janvier : pour que la détermination des grévistes RATP-SNCF se généralise

Ce jeudi de manifestation appelée par l'intersyndicale, l'enjeu sera de faire mentir la propagande gouvernementale qui criminalise et tente d'invisibiliser le mouvement, en montrant qu'au bout de 43 jours les grévistes de la RATP et de la SNCF restent déterminés jusqu'au retrait de la réforme, et entraînent avec eux de plus en plus de secteurs à l'instar des raffineurs, des dockers, des profs, ou encore des avocats.

jeudi 16 janvier

Crédit photo : O’Phil des Contrastes

Annoncée comme le temps fort des trois jours de mobilisation débutée mardi à l’appel de l’intersyndicale, la journée de manifestation de ce jeudi 16 janvier se déroulera dans un contexte de durcissement du conflit au bout de 43 jours de grève à la SNCF et à la RATP. La propagande médiatique pour minimiser l’ampleur de la grève dans les transports, autant que l’arsenal répressif déployé par le gouvernement contre les piquets de grève et les manifestants, montrent la radicalisation du pouvoir confronté à un mouvement de grève historique. C’est ainsi qu’Edouard Philippe déclarait hier : « la grève à la RATP et à la SNCF n’a que trop duré », avant de convoquer Jean-Pierre Farandou et Catherine Guillouard, dirigeants des deux entreprises, afin de les sommer d’assurer « la reprise du travail ».

Un « dialogue social » alimenté à coup de sanction disciplinaires et de violences policières contre les grévistes. Les images de la répression de la manifestation du 9 janvier dernier ont en effet renvoyé l’image d’un gouvernement fébrile, incapable de s’en sortir autrement que par la matraque. Et toute la repentance d’un Christophe Castaner mis en accusation face à la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant un CRS faire tomber gratuitement une manifestante par derrière, et demandant par conséquent à ses policiers de ne pas faire de « croche pied à l’éthique », ne suffira pas à faire oublier aux grévistes et à leur soutiens matraqués pendant plus d’un mois sur les piquets de grève que c’est bien ce gouvernement qui donne l’ordre de réprimer systématiquement la contestation sociale. Sans parler de la répression des Gilets jaunes, mutilés et éborgnés un an durant, qui ne peut que faire apparaître cette mise en scène pour ce qu’elle est : une manœuvre pour se dédouaner à moindre frais des accusations de violences policières, en les justifiant en même temps avec tout un discours sur l’interdiction des blocages. Le tout non sans tenter d’instruire un procès à charge contre les grévistes et leurs soutiens, accusés d’homophobie par un gouvernement pourtant « premier responsable de l’accroissement de la précarité économique et sociale des personnes LGBTQI et des violences qui s’abattent sur elles. »

Malgré tout, l’enfumage du gouvernement autour de l’âge pivot et la trahison des directions de l’UNSA et de la CFDT n’auront pas suffi à museler la contestation. Les derniers sondages notent que plus de six français sur dix continuent de soutenir la grève, et surtout la tendance à l’insubordination se confirme tant à l’Education Nationale où les profs ont envahi ce mercredi le rectorat de Paris au chant de « on ira jusqu’au retrait », que chez les avocats qui, après les mêlées face aux gendarmes en plein tribunal de Paris, ont occupé ce soir le TGI de Bobigny.

De plus, la potentielle contagion du mouvement vers le secteur privé reste d’actualité, puisque depuis mardi les grèves et blocages se sont multipliés avec l’opération « ports-morts » chez les dockers. La CGT revendique 100% de grévistes dans les sept grands ports maritimes hexagonaux, en même temps que des piquets de grève bloquant les transports de marchandise. L’impact de ces actions ne peut qu’accroître la fébrilité du gouvernement et stimuler la combativité des grévistes, puisqu’elles ont déjà eu pour conséquence la fermeture de l’unité de distillation (première étape du raffinage de pétrole brut) de la raffinerie de Donges, elle-même touchée par un mouvement de grève partiel et initialement ravitaillée par les arrivages de pétrole en provenance du port de Saint-Nazaire, actuellement paralysé par la grève. Cela a entraîné des pertes sèches de plusieurs dizaines de millions d’euros. Le patronat réclame à grand cris l’intervention des forces de répression pour mater les grévistes, comme en témoigne l’appel de Herbert de Saint-Simon, président de TLF Overseas, qui a appelé « officiellement les autorités nationales et locales à débloquer la situation pour assurer la libre circulation des personnes et des marchandises. »

Toutefois, avec une potentielle contagion à d’autres secteurs du monde du travail, l’appareil répressif pourrait se trouver bien vite dépassé. D’autant plus que d’autres secteurs du privé pourraient eux-aussi se mobiliser plus massivement. Notamment dans l’énergie où l’intersyndicale dénombre entre 30% et 60% de grévistes et des blocages sur plusieurs sites Enedis près de Bordeaux, à Toulouse, ou en région parisienne depuis le début de la semaine. Mais aussi dans l’automobile, car si jusque là les ouvriers de ce secteurs étaient resté plus minoritaires dans le mouvement de grève, subissant de plein fouet le chantage à l’emploi, la précarité et les menaces de la direction de délocaliser la production, la grève exemplaire à la RATP et à la SNCF non seulement contre la réforme des retraites mais aussi « pour l’honneur des travailleurs », a au moins eu pour effet de faire la démonstration de la force des exploités lorsqu’ils s’unissent dans la grève. Ainsi chez Renault-Trucks à Vénissieux, la production est fortement impactée depuis mardi, les salariés étant entrés en grève pour revendiquer des augmentations de salaires tout en s’inscrivant dans le mouvement général contre la réforme des retraites.

Dans ce contexte les manifestations de ce jeudi 16 janvier, après plus de quarante jours de grève dans le secteur stratégique des transports publiques, constituent un point d’appui pour généraliser le mouvement, à la condition d’une part que les grèves et blocages soient reconduits de manière à paralysé durablement la production, et d’autre part que le mouvement se durcisse également en terme revendicatif contre les contrats précaires et les bas salaires pour faire entraîner les secteurs du privé dans la bataille.




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