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Politique

Premiers bilans

Plus de répression, rien pour l’hôpital et l’éducation : Castex maintient le confinement pro-patronal

Emmanuel Macron avait annoncé un premier bilan du confinement au bout de 15 jours. C'était le rôle de la conférence de presse de ce jeudi. Mais Jean Castex n'a presque rien annoncé : le confinement reste le même, les collèges et les lycées n'obtiennent pas de protocole sanitaire à la hauteur, les hôpitaux continuent de travailler sans moyens supplémentaires. Seule différence : la répression va être renforcée, avec davantage de contrôles policiers et d'amendes.

jeudi 12 novembre

Crédits photo : AFP

Lors de son allocution du 28 octobre, Emmanuel Macron avait prévu un premier bilan du confinement au bout de 15 jours. C’était le rôle de la conférence de presse du Premier ministre Jean Castex de ce jeudi soir. Si Macron avait initialement évoqué de possibles assouplissements à cette date, les annonces de Castex s’apparentent plutôt à un statu quo : le confinement reste le même avec notamment les petits commerces fermés, les collèges et les lycées n’obtiennent pas de protocole sanitaire à la hauteur, les hôpitaux continuent de travailler dans des conditions inacceptables, sans l’apport de moyens humains et matériels que les soignants réclament depuis des mois.

Rien pour l’éducation, Blanquer durcit le ton face au mouvement

Un mouvement inédit a eu lieu ces derniers jours dans l’éducation, avec de nombreuses grèves de personnels et d’enseignants dans les collèges et lycées, mais aussi des blocages lycéens et surtout la mise en place de protocoles sanitaires alternatifs, écrits par les enseignants et personnels eux-mêmes – surtout en région parisienne. Le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer, qui prenait aussi la parole ce jeudi soir, a décidé d’ignorer totalement les revendications de ce mouvement, durcissant même le ton vis-à-vis des personnels mobilisés. Blanquer a affirmé, pour réajuster le flou sur « la souplesse locale » proposée le 5 novembre quant au présentiel pour ce jeudi que « Dans la mesure où un lycée peut encore le faire, la présence à 100% des élèves reste souhaitable. » Le ministre de l’Education nationale, ébranlé par la colère dans l’Éducation nationale, a choisi la fermeté pour contrer les contestations.

La seule micro-mesure annoncée consiste en une politique de tests pour les personnels de l’éducation. Selon LCI, : « Le Ministre de l’éducation prévoit une politique de test renforcée avec plus de dépistages pour le personnel des établissements scolaires ainsi que les enseignants qui disposeront de plus d’un million de tests. » Un statu quo scandaleux alors qu’un grand nombre de contaminations ont lieu à l’école et ce malgré les mensonges du ministre. Comme nous l’écrivions dans un article précédent, un « CheckNews » du journal Libération a démontré que les propos de Blanquer, qui affirmait que l’épidémie était maîtrisée dans l’éducation, sont totalement faux : le nombre de contaminations étant multiplié par trois voire quatre dans les jours précédant ses propos.

Les choix de Blanquer témoignent de la faiblesse de la stratégie des directions syndicales, qui n’ont préparé qu’une journée de manifestation sans lendemain alors que le mouvement aurait du se durcir. Mais son mépris pourrait bien renforcer la journée de grève prévue le 17 novembre, qui doit déborder au-delà du 93 pour espérer une victoire sur les revendications des personnels de l’Education nationale.

Rien pour l’hôpital alors que l’on approche du pic de l’épidémie

Pour l’hôpital, la logique est la même. Alors que depuis des mois, les soignants épuisés réclament davantage de moyens matériels et humains, ni Jean Castex ni Olivier Véran, le ministre de la Santé, n’auront annoncé de plan d’urgence pour sauver l’hôpital public. Cela alors même que l’on approche du pic de l’épidémie, qui pourrait selon le gouvenement être atteint en début de semaine prochaine. Les allocutions de Castex et Véran ont permis de révéler les derniers chiffres concernant l’évolution de l’épidémie : un décès sur quatre est dû au Covid en france aujourd’hui ; en ce qui concerne les hospitalisations, le Covid en provoque une toutes les 30 secondes ; et le pic du mois d’avril a été dépassé, avec aujourd’hui 32 600 patients hospitalisés. Seule bonne nouvelle : la circulation du virus ralentit, alors que le taux de reproduction se situe « entre 0,8 et 0,9 » selon le Premier ministre. Reste que la vague est encore présente à l’hôpital et que le pic n’arrivera que dans les jours qui viennent, possiblement en début de semaine prochaine.

Ainsi le Premier ministre a déclaré qu’il « serait irresponsable de lever ou même d’alléger » le confinement maintenant, ce qui l’a conduit à maintenir un statu quo sur la plupart des mesures. Comme le résument Les Echos, « Le Premier ministre a annoncé ce jeudi le maintien des règles du confinement pour « au moins 15 jours ». Si la situation s’améliore, les commerces non essentiels pourraient rouvrir le 1er décembre avec des protocoles sanitaires renforcés. Et de nouveaux allègements pourraient intervenir pour Noël. Mais une attestation sera toujours nécessaire pour se déplacer au-delà du 1er décembre. »

Une gestion catastrophique de la crise que le gouvernement a du mal à masquer

Le Premier ministre a de nouveau donné rendez-vous à la population dans 15 jours pour de nouvelles informations, notamment au sujet de l’ouverture des commerces et de ce qu’il sera possible de faire – ou non – au moment des fêtes de fin d’année. Une des seules différences notables concerne la répression, qui va être renforcée avec davantage de contrôles policiers et d’amendes. Selon Les Echos, Castex « a indiqué avoir demandé au ministre de l’Intérieur un renforcement des contrôles, alors que 581.000 ont déjà été pratiqués depuis le 30 octobre, occasionnant “88.455 verbalisations” ».

Dans l’ensemble, cette conférence de presse gouvernementale exprime aussi une volonté de reprendre la main face à des difficultés à maintenir son autorité, tant dans l’éducation que dans la population en général. Des études démontrent en effet que les habitants du pays sont moins nombreux à respecter le confinement qu’au printemps. Toujours selon Les Echos, on apprend que « Selon un sondage publié par l’Ifop ce jeudi, 60 % des Français ont transgressé au moins une fois les règles du confinement, en utilisant l’attestation de déplacement à d’autres fins que celles indiquées ou en recevant de la famille ou des amis. » La conférence gouvernementale ressemblait donc davantage à une opération de communication qu’à un discours sur l’amélioration de la gestion de la crise sanitaire. Ce que le gouvernement cherche à faire, c’est avant tout à minimiser sa gestion catastrophique, visible dans de plus en plus de domaines.

La logique qui dirige ce deuxième confinement est toujours la même : tout est fait pour protéger les profits du grand patronat, tandis que pour les petits commerces, les travailleurs et les classes populaires, il ne reste que la gestion répressive et les licenciements ; mais aussi l’exposition accrue à la maladie. C’est cette gestion pro-patronale criminelle du gouvernement qui est en grande partie responsable de l’ampleur de la catastrophe sanitaire, qui atteint aujourd’hui 42 960 morts en France.




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