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Les rassemblements de plus de 100 personnes interdits, Castaner « invite » à reporter les manifestations

Le gouvernement a annoncé l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes et « invite » à reporter les manifestations comme celles du 14 et 31 mars. Si le gouvernement n’interdit pas dans la forme les manifestations, il incite fortement à le faire… Manque de bol, la grande majorité des manifestations ont été annulées préalablement par les organisateurs eux-mêmes. En effet, le monde du travail et la jeunesse sont les principaux concernés par cette crise sanitaire : non, ce n’est pas au gouvernement de nous indiquer quand faire nos manifestations !

samedi 14 mars

Le chef du gouvernement Edouard Philippe (G), avec les ministres de la Santé Olivier Veran (C) et de l’Intérieur Christophe Castaner (D). Crédit Photo : Ludovic Marin. AFP

Alors que l’épidémie vient de dépasser le seuil des 5.000 morts dans le monde, et qu’en France le gouvernement recense officiellement 3.661 cas de contamination et 79 décès, le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes « aussi longtemps que nécessaire. » Une mesure similaire interdisant les rassemblements de plus de 1.000 personnes avait déjà été prise le 3 mars dernier, et ce alors que les rassemblements de plus de 50 personnes sont déjà interdits en Corse et dans le Bas-Rhin.

Cependant, peu après les déclarations télévisées d’Edouard Philippe, son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a précisé que l’interdiction ne s’appliquerai pas aux mobilisations politiques et syndicales, à l’instar des manifestations prévues ces 14 et 31 mars. Le ministre se contente « d’inviter » les organisateurs des manifestations en question « à reporter systématiquement les mobilisations » en comptant sur « les organisateurs, des hommes et des femmes responsables, (…) conscients que c’est faire prendre un risque à ceux et celles qu’ils invitent dans la rue à manifester ». Une manière pour le gouvernement de se poser en « grand démocrate » lui qui n’a eu cesse d’interdire nos manifestations samedi après samedi. Mais en même temps de faire peser le poids de la responsabilité de l’épidémie à tous ceux qui auraient voulu manifester malgré tout.

Mais le monde du travail et la jeunesse n’a pas besoin des conseils de Macron. En effet, la marche contre les violences policières de même que celle pour le climat qui devaient avoir lieu ce week-end ont été annulées par les organisateurs, tandis que plusieurs figures du mouvement des Gilets jaunes à l’instar de Jérôme Rodrigues ont appelé à ne pas manifester ce samedi, pour éviter d’exposer les manifestants au risque de contamination. Signe, s’il en fallait, que ceux qui comptaient manifester contre Macron et son monde sont bien conscients du risque sanitaire et qu’ils n’ont en aucun cas besoin que l’Etat les incitent à reporter leur manifestation : non ce n’est pas à l’Etat de nous inciter à annuler les manifestations !

Bien que ce soit sur autre ton plus policé et d’« union nationale », le gouvernement ne se situe pas sur un autre registre que celui qu’il a employé pour interdire les multiples manifestations samedi après samedi pendant le mouvement des Gilets jaunes, et plus récemment celui contre la réforme des retraites, à coups de matraque et de 49.3.

En voulant nous conseiller, Macron et son gouvernement tente de jouer le jeu de la responsabilité sans l’autoritarisme qu’il l’a tant caractérisée durant tout son quinquennat. Une tentative de chercher à concilier tout en mettant en position de responsabilités ceux qui s’opposeraient à cette union. 

Pourtant, malgré les annonces fortes de Macron, de nombreuses mesures de premières urgences ne sont mêmes pas envisagées, notamment, la mise à disposition de masque de protections FFP2 qui arrivent très tardivement, l’absence pour l’heure d’une campagne de dépistage efficace systématique comme cela a pu être le cas en Corée du Sud pour détecter les individus infectés, pourtant centrale pour faire face à une épidémie de cette ampleur. Tandis que les carences du système de santé et de la recherche, mis à mal par les gouvernements successifs, mettent à nu les le caractère profondément réactionnaire pour l’humanité du projet néo-libéral incarné par Macron.

En attendant, derrière un appel à l’unité nationale, pour « faire bloc » face à l’extension du coronavirus, le gouvernement met en place un confinement à deux vitesses. Une schizophrénie bien à l’image des discours d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe face à cette crise sanitaire inédite. En effet, après avoir répété pendant tout le quinquennat qu’il n’y avait « pas d’argent magique » pour la santé et la recherche, après avoir méprisés, précarisés, et contraints aux pires conditions de travail les personnels soignants dans les hôpitaux publics le gouvernement en appelle aujourd’hui au service public et à ses « héros en blouse blanche » pour faire face à la crise.




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