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Bataille des retraites

Manif du 24 : « Ce n’est même pas le minimum syndical, à quand un vrai plan de bataille ? »

Alors que le gouvernement affûte son offensive contre le monde du travail, la journée de mobilisation interprofessionnelle à l'appel de la CGT, Solidaires et de la FSU n'a que peu mobilisé si l'on compare notamment à la grève éclatante de la RATP, le 13 septembre ou encore à l'importante mobilisation des professions libérales le 16 septembre. La faute à qui ? A la base qui resterait "à convaincre" selon Martinez ? Ou bien au manque de préparation flagrant de cette journée. Pour un militant CGT, cette journée "ce n'est même pas le minimum syndical." "A quand un vrai plan de bataille ?" interpelle-t-il.

mercredi 25 septembre

Manifestation contre la réforme des retraites à Marseille, crédit Photo : GERARD JULIEN / AFP

Selon la CGT près de « 150 000 manifestants dans toute la France » ont manifesté ce mardi 24 septembre un peu partout en France, à l’appel de la CGT, SUD, et de la FSU. Une mobilisation plutôt faible au regard de l’attaque sans précédent que prépare le gouvernement contre les retraites.

Face à cette mobilisation largement en deçà de la situation, il y aura encore une fois la tentation pour les dirigeants syndicaux d’affirmer que malgré les appels à manifester "tous ensemble" contre la réforme des retraites, il n’y a pas "la vapeur" comme pourrait en témoigner la faible mobilisation du jour ni de "bouton pour appeler à la grève générale". Pourtant à y regarder de plus près, tout cela contraste fortement avec l’ambiance "au tous ensemble" qui se projetait ne serait-ce que le 21 septembre lors de la manifestation de convergence entre Gilets jaunes et mouvement écolo. Cela contraste aussi fortement avec la grève massive et inédite depuis 2007 que les travailleurs de la RATP qui ont fait une immense démonstration de force vendredi 13 septembre en bloquant l’ensemble des transports de la capitale par une grève massive.

La faute en incomberait-elle à la base ou aux directions syndicales qui ne se donnent aucun plan de bataille hormis appeler à une énième manifestation sans lendemain, alors même que plusieurs journée sectorielles à l’appel de la CGT ont clairsemé l’horizon du mois de septembre, dispersant les forces dans une division des dates plus que caricaturales ? L’appel à la grève de la CGT métallurgie le 6 septembre, à celui dans la sous-traitance nucléaire le 18, et encore le lendemain à EDF, ou comment diviser les forces au lieu de les rassembler pour taper sur le même clou au même moment...

De la vapeur, il y en a. Les urgentistes, de leur côté, sont en grève dans des centaines d’hôpitaux depuis plus de six mois, les profs se battent également contre la réforme Blanquer, et il faut ajouter à cela les mobilisations massives de jeunes et de Gilets Jaunes le week-end dernier pour le climat et la justice sociale. Toutes ces contestations montrent que la perspective d’un grand mouvement d’ensemble contre Macron est loin d’être utopique.

Cependant pour mettre cela en pratique, le monde du travail devrait pouvoir se doter d’un vrai plan de bataille. Or la direction de la CGT refuse jusqu’à maintenant de suivre le mouvement à la RATP et d’appeler à la grève reconductible à partir du 5 décembre. Non seulement la CGT RATP est la seule organisation qui manque à l’appel à la grève dans le secteur mais, dans le même temps, la confédération ne se prononce absolument pas sur la potentielle dynamique qui pourrait faire du 5 décembre un point de ralliement pour l’ensemble des travailleurs. Elle ne répond ainsi absolument pas aux aspirations des grévistes du métro et des bus parisiens, qui scandaient vendredi 13 dernier « en décembre, grève illimitée ! » et « Macron démission ! », alors même qu’à la SNCF le syndicat Sud Rail et des AG cheminotes appellent désormais également à rejoindre la grève reconductible du 5 décembre, tout comme le syndicat FO Transports chez les routiers.
Dans ces circonstances, il faut exiger faire de cette date un point d’appui pour partir tous ensemble, au moment et obtenir le retrait total de la réforme !

A l’inverse, Philippe Martinez attend toujours un « vrai dialogue » avec Macron et continue à s’asseoir à la table du gouvernement après 18 mois de concertations dans le vide, qui n’ont servi qu’à donner du temps et du crédit à la macronie pour faire la démonstration du « changement de méthode » tant annoncé pour l’acte II du quinquennat. Et la direction de la CGT d’appeler à des journées de grèves saute-moutons qui n’ont pour objectif que de faire pression pour obtenir un rendez-vous à l’Elysée...

Le mouvement des Gilets Jaunes avait pourtant déjà montré la défiance importante que des secteurs importants du monde du travail éprouvaient à l’égard des directions syndicales. A cette stratégie de négociation systématique avec un gouvernement pourtant déterminé à écraser tous les acquis sociaux sur son passage, les Gilets Jaunes avaient opposé une combativité et des méthodes de mobilisation radicales, loin des négociations dans les salons de Matignon.

Aujourd’hui, face à une attaque contre l’ensemble du monde du travail, la perspective de construire la grève reconductible contre la réforme des retraites est la seule qui permette de gagner. Les travailleurs de la RATP ont ouvert le bal en appelant à la « grève illimitée » à partir du 5 décembre, se laissant ainsi le temps de préparer la bataille. Et alors que les cheminots et les routiers annoncent rejoindre le mouvement à cette date, il faudra construire la convergence avec les profs, les hospitaliers, les Gilets Jaunes, et l’ensemble des secteurs du monde du travail en colère et des jeunes déterminés à se battre contre les projets de ce gouvernement.




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Jean-Paul Delevoye   /    Réforme des retraites   /    Philippe Martinez   /    Solidaires   /    FSU   /    mouvement ouvrier   /    Manifestation   /    Grève   /    Grève générale   /    Emmanuel Macron   /    CGT   /    Notre classe