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Bataille des retraites

Transports, chimie, éboueurs, étudiants,… quels secteurs appellent à durcir le mouvement le 7 mars ?

Depuis l’appel de l’intersyndicale à « bloquer le pays le 7 mars » pour durcir la mobilisation contre la réforme des retraites, plusieurs secteurs ont d’ores et déjà annoncé rejoindre la bataille, avec pour certains un appel à faire de cette date le point de départ d’une grève reconductible. Suivez en direct la liste.

Erell Bleuen

17 février 2023

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Actualisation le 06-03-2023 à 13 h 18

Crédits photo : Manifestation du 16 février à Paris - Révolution Permanente

Avant même la mobilisation du 16 février, qui n’est pas apparue comme très utile pour de nombreux travailleurs, la date du 7 mars avait déjà été imposée comme point d’appui pour durcir le mouvement contre la réforme des retraites. Depuis l’appel de l’intersyndicale à mettre « la France à l’arrêt », plusieurs secteurs ont d’ores et déjà annoncé rejoindre la bataille pour la journée du 7, avec pour certains un appel clair à faire de cette date le point de départ d’une grève reconductible, seul moyen d’imposer un rapport de force plus conséquent avec le gouvernement.

RATP et SNCF : fer de lance en 2019, fer de lance en 2023 ?

Chez les cheminots, c’est la CGT qui a initié le mouvement : dans un communiqué publié le 10 février déjà, le syndicat explique que pour empêcher le gouvernement qui « contrôle les institutions et peut imposer son projet de loi à l’Assemblée Nationale malgré les sondages », il faut « activer d’autres leviers dont disposent les salariés : l’arrêt de la production ». Un appel à la reconduction de la grève, rapidement rejoint par Sud Rail qui détaille, dans son communiqué, l’enjeu d’un durcissement de la mobilisation : « si le monde du travail veut conserver des acquis sociaux et en gagner, il va devoir aller les chercher par la lutte ». Le 24 février, l’UNSA Ferroviaire a annoncé dans un communiqué se joindre à la grève reconductible après le 7 mars « pour que les pouvoirs publics comprennent la détermination des cheminots ».

Lundi 27 février, c’est finalement l’ensemble des organisations représentatives de la SNCF qui appellent à la reconductible, avec la CFDT qui s’est alignée sur cette modalité affirmant qu’il est « impératif de renforcer la mobilisation ».

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Les travailleurs de la RATP, qui avaient été la figure de proue du mouvement de 2019, ont été eux aussi parmi les premiers à appeler à la grève reconductible à partir du 7 mars. Dans un communiqué publié samedi 11 février, l’ensemble des organisations syndicales (CGT, FO, Unsa et la CFE-CGC) écrivent que « malgré le rejet d’une très large majorité de la population, le gouvernement reste bloqué sur sa réforme brutale, injuste et injustifiée », et continuent : « le gouvernement (…) devra assumer le blocage de l’économie dans notre pays ». Un appel à construire un mouvement plus dur, qu’ils cherchent eux aussi à étendre à « tous les secteurs du public et du privé ».

Si pour l’instant, c’est surtout au métro et au RER que les appels à la grève ont été suivis, les centres-bus sont aussi concernés par l’appel. Ainsi, l’intersyndicale du centre bus Paris-Est a appelé les agents du bus à « ne plus rester spectateurs de cette bataille et devenir les acteurs principaux du mouvement ».

Pour les éboueurs, « quand un gros secteur va partir en reconductible, ça va être l’étincelle »

Déjà mobilisés lors du précédent mouvement contre la réforme des retraites en 2019, les éboueurs veulent eux aussi rentrer dans le dur à partir du 7 mars. Dans ce secteur, où une bonne partie des travailleurs sont condamnés à mourir avant d’atteindre les 64 ans, les fédérations CGT des Services Publics et des Transports ont appelé le 14 février à la grève « à partir du 7 mars et jusqu’au retrait du projet de loi  ». Un appel, qui selon le secrétaire fédéral de la CGT-services publics, va chercher à s’élargir dans les prochains jours aux autres organisations syndicales « dans la dynamique de l’intersyndicale nationale ».

Dans nos colonnes, Guillaume, égoutier à Paris et syndiqué à la CGT, résumait la démarche : « En ce moment, tout le monde se regarde, mais dès qu’il y a un gros secteur qui va partir en reconductible, ça va être l’étincelle qui peut faire partir beaucoup de monde ! Ce qui va fonctionner pour radicaliser les actions, c’est si on construit des liens interpro et qu’on s’aide pour tenir des piquets sur des lieux stratégiques, pour des occupations, pour se réapproprier l’outil de travail ».

Chez les raffineurs, l’appel à la reconductible va de pair avec la volonté d’élargir la mobilisation

Alors qu’en octobre dernier, le mouvement de grève dans les raffineries avait pratiquement asséché les stations-services du pays, les raffineurs remettent le couvert. La Fédération Nationale des Industries Chimiques (FNIC) – CGT qui comprend les activités de raffinage et de la pétrochimie, mais également les secteurs du caoutchouc, de la plasturgie et de la pharmaceutique a annoncé ce 17 février appeler à la grève reconductible à partir du 6 mars au soir.

« A partir du moment où l’on arrêtera les raffineries, on sera partis pour plusieurs semaines de grève » : avec cet appel, les raffineurs veulent envoyer un message clair. Mais l’objectif, c’est aussi ne pas reproduire le même schéma que pendant le mouvement de 2010, où les raffineurs s’étaient retrouvés isolés. Pour Adrien Cornet, raffineur à Grandpuits, « Il faut essayer d’élargir au maximum cette grève pendant les deux prochaines semaines, y compris aux travailleurs les plus précaires qui sont frappés de plein fouet par cette réforme. C’est le cas des travailleuses, des travailleurs immigrés, qui composent l’immense majorité des sous-traitants dans les raffineries Total  ».

Dans l’Éducation Nationale, un appel national à « mettre les écoles à l’arrêt le 7 » , des intersyndicales locales veulent poser la perspective de la reconduction

Dans un communiqué publié mardi 14 février, l’intersyndicale nationale de l’éducation s’est joint au changement de ton national, et a annoncé « être prête à durcir le mouvement dans l’éducation » en appelant « à ce que les grèves massives permettent de fermer totalement les écoles, collèges, lycées ». Un appel en deçà de l’état d’esprit qui règne dans le secteur, où dans les Assemblées Générales d’établissement ou de secteur, de plus en plus de voix s’élèvent pour construire un mouvement reconductible.

Et à échelle locale, ces voix se sont faites entendre : à Toulouse, l’intersyndicale éducation 31 a publié mercredi son propre communiqué, dans laquelle elle appelle à «  faire du 7 mars une grève totale, à reconduire la grève le 8 mars à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, et à enchaîner le 9 partout où c’est possible pour étendre la grève et maintenir le rapport de force ». Ce vendredi, l’intersyndicale parisienne a également publié un communiqué qui détaille que « l’heure est à l’organisation du blocage du pays » et appelle dans ce sens « à s’engager dans la grève reconductible à compter du 7 mars et jusqu’au retrait de la réforme des retraites ».

Dans les universités, les étudiants veulent eux aussi reconduire la mobilisation

Alors que les étudiants et les lycéens ont fait une entrée remarquée dans le mouvement, avec désormais des cortèges jeunes de plusieurs centaines de personnes à chaque manifestation, des blocages d’universités comme à l’université de Rennes 2, du Mirail, ou de Tolbiac, l’heure est également au durcissement de la mobilisation. Dans un communiqué publié le jeudi 16 février, de nombreuses organisations de jeunesse ont appelé à continuer à se mobiliser jusqu’au retrait de la réforme, au travers d’« actions sur les lieux d’études tous les jeudis jusqu’au 7 mars  », de la jonction avec les dates du 7 et du 8 mars, en appelant à « une journée d’action et de mobilisation de la jeunesse le 9 mars ».

Et dans plusieurs Assemblées Générales, les étudiants mobilisés vont plus loin : lundi midi à Rennes 2, 600 étudiants ont voté le blocage illimité de l’université à partir du 7 mars, et le soir même, l’Assemblée Générale inter-fac parisienne s’accordait sur un appel à « une manifestation le 23 février » et à des « blocages reconductibles dès le 7 mars et les jours qui suivront jusqu’à la victoire  ». Un appel adopté depuis par l’Assemblée Générale du Mirail.

« Bloquer le pays par la grève », « mettre la France à l’arrêt »,… plusieurs syndicats de routiers appellent à la reconduction

Suite à l’appel de l’intersyndicale à « bloquer le pays » le 7 mars, plusieurs syndicats du transport routier ont annoncé s’inscrire dans la mobilisation et appellent à un mouvement plus dur. Dans un communiqué publié le 14 février, la CGT Transport appelait « à mettre au débat avec les salariés le durcissement de l’action et la reconduction du mouvement à partir du 7 mars ». La Fédération Nationale des Transports et de la Logistique de Force Ouvrière publiait quant à elle le 22 février un appel à « l’ensemble des conducteurs routiers à se mettre à l’arrêt à partir du dimanche soir 5 mars 22h00 » et à « reconduire l’arrêt de travail des routiers les 6, 7 mars... ». De son côté, la fédération SUD/Solidaires des transports routiers signait un appel avec d’autres fédérations SUD Transports qui défend de « bloquer le pays par la grève, à partir du 7 mars 2023, et jusqu’au retrait du projet de loi ».

Chez les cadres, ingénieurs et techniciens, la grève sera reconduite le 8 mars

Le 20 février, quelques jours après l’appel de l’intersyndicale, la fédération CGT des cadres, ingénieurs et techniciens a publié un communiqué où elle annonce se joindre à l’appel pour « mettre le pays à l’arrêt » le 7 mars, et continue : « Le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, c’est la grève féministe pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Cela passe notamment par une réduction du temps de travail et par le droit à retraite dès 60 ans avec une carrière complète ». Elle dénonce en effet la dimension sexiste de la réforme des retraites et rappelle que « l’enjeu n’est pas de soutenir quelques secteurs qui se mettraient en grève. L’objectif, c’est que nous soyons le plus nombreux et nombreuses à faire grève ».

Au pôle du ministère de la transition écologique, les travailleurs appellent aussi au durcissement du mouvement

Le 22 février, l’intersyndicale du pôle ministériel de Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires, du ministère de la Transition Énergétique et du ministère de la Mer a publié un appel à durcir la mobilisation. Dans le communiqué FO, la CGT, la CFDT, l’UNSA et la FSU « dénoncent l’attitude du Président de la République et de son gouvernement qui s’obstinent à porter cette réforme malgré ces mobilisations massives » et « appellent unanimement au durcissement du mouvement pour mettre la France à l’arrêt dans tous les secteurs à compter du 7 mars prochain ». Si elles n’appellent pas explicitement à reconduire la mobilisation après le 7 mars, elles ont déposé un préavis de grève reconductible à partir du 4 mars 2023.

Chez les livreurs, la CGT appelle à « s’organiser pour décider de leurs revendications afin de les faire aboutir »

Le secteur très précaire des livreurs est appelé lui aussi à rejoindre la mobilisation du 7 mars. Dans un communiqué publié le 24 février, la CGT Transports « appelle les livreurs à s’organiser pour décider de leurs revendications afin de les faire aboutir, et à se mobiliser à partir du 7 mars prochain, par l’arrêt de travail et la manifestation ». Il dénonce du même coup « le salariat déguisé » derrière les suppressions d’emplois chez Just Eat, qui a choisi de « remplacer sa flotte de coursiers salariés par des coursiers autoentrepreneurs du sous-traitant Stuart ». Une grève qui serait salutaire pour ce secteur qui concentre de nombreux travailleurs sans-papiers, et qui s’était déjà mobilisé en septembre dernier pour dénoncer la suspension brutale de 2500 comptes de livreurs par Uber.

Plusieurs fédérations s’unissent pour appeler à la grève reconductible

Après les cheminots, les raffineurs et chimistes qui avaient déjà publié un appel à la reconductible à partir du 7 mars, ils ont été rejoint par les énergéticiens, dockers et travailleurs du verre. Dans un communiqué publié ce 21 février, les cinq fédérations de la CGT annoncent « avoir décidé de se coordonner pour impulser la grève reconductible au sein de leurs entreprises. […] Cette coordination doit donner confiance et permettre, dans tous les secteurs, public comme privé, d’amplifier le rapport de forces ». Déjà, en janvier, les mêmes fédérations (Verre et Céramique exclus) avaient proposé un calendrier alternatif, avec deux journées de grève le 26 et 27 janvier, pour avancer vers un mouvement plus dur.

Du côté de Solidaires/SUD, six fédérations de transports (Sud/Solidaires Transports Routiers, des Transports urbains et interurbains, Sud Rail, Solidaires RATP, Sud Aérien, Union Solidaires des Transports) appelaient, dès le 19 février, à « bloquer le pays jusqu’au retrait du projet de loi ». Dans leur communiqué, elles détaillent : « nos métiers, nos secteurs, ont un rôle clé dans le fonctionnement du système capitaliste. Notre mobilisation conjointe et coordonnée revêt une importante toute particulière dans la construction du rapport de force ». Avant la publication de cet appel, l’Union Syndicale Solidaires avait d’ores et déjà proposé dans un communiqué « à l’ensemble des travailleuses et travailleurs, du privé comme du public, de mettre en débat en assemblées générales la possibilité de reconduire la grève à partir du 7 mars selon les modalités propres à chaque secteur, avec inventivité et détermination ».

Plus récemment, la CGT des avitailleurs, les travailleurs chargés de remplir le carburant des avions, a appelé à la grève reconductible à partir du lundi 6 mars au soir. Le 2 mars, un communiqué de neuf syndicats CGT de la métallurgie (Airbus, Thalès, Valéo, Stellantis, ArcelorMittal, Forvia, Faurecia, Safran, Renault) invite les salariés «  à se réunir sur les lieux de travail afin de décider de la grève du 7 mars, de sa reconduction et à œuvrer à généraliser les grèves ». Dans la foulée, la fédération CGT commerce a annoncé le 3 mars « s’associer pleinement à l’appel des fédérations CGT qui appellent à la grève reconductible ».

Dans l’énergie, la CGT promet une "semaine noire"

La grève reconductible dans le secteur de l’énergie a débuté vendredi, avec des baisses de production d’électricité dans plusieurs centrales nucléaires. La CGT énergie avait "prévu d’organiser une semaine noire dans l’énergie" mais le passage de la loi au Sénat et l’examen de l’article 1 sur les régimes spéciaux "nous [ont] convaincu de commencer plus tôt" explique Sébastien Menesplier, secrétaire général de la fédération CCGT Mines et énergie.

"Ce sera beaucoup plus fort lundi mardi, mercredi, jeudi" promet le syndicaliste. Depuis le début de la mobilisation, le secteur de l’énergie est très mobilisé. Les 140 000 salariés de la branche se sont mis en grève à plus de 50% lors des dernières journées de grève. Plusieurs actions coups de poing et opérations "Robin des bois" sont à nouveau à prévoir.


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