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Métallurgie : le patronat veut imposer la reprise du travail avec l’appui de Force Ouvrière

Dans l’aéronautique comme dans l’automobile, le gouvernement et le patronat sont à la manœuvre pour faire reprendre la production dès cette semaine en dépit de la sécurité des salariés et de l’urgence de la crise sanitaire. Ils peuvent s’appuyer sur la collaboration de certaines organisations syndicales, à l’image de Force ouvrière, qui ont signé un communiqué commun appelant à relancer la production et qui votent la reprise du travail dans certaines boîtes. Pourtant la priorité c’est de fermer les usines dont la production ne peut pas être reconvertie pour aider à la crise.

mercredi 25 mars

Le communiqué de la honte

Alors que la France s’apprête à entrer dans le pic de l’épidémie et que la barre des 1 000 morts depuis le début de la crise sanitaire a été franchie, un communiqué commun de l’UIMM (Union des Industries et des métiers de la métallurgie, organisation patronale membre du MEDEF) et de trois des organisations représentatives de la métallurgie, la CFDT, la CFE-CGC et FO, appellent à restaurer la production dans les usines.

« Si beaucoup d’entreprises ont ainsi été contraintes de ralentir ou cesser leurs activités, il est également essentiel que la vie économique et sociale de la Nation, durement impactée par cette crise sanitaire, puisse être progressivement restaurée » écrivent-ils. Ainsi, et en dépit de leurs déclarations sur « la priorité » de la « santé de tous et donc des salariés de la Métallurgie et de leur famille », l’objectif est clair : faire reprendre le travail.

Rappelons que si de nombreuses usines non-essentielles sont à l’arrêt, ce n’est nullement grâce aux considérations des directions pour la santé de leurs salariés. A PSA par exemple, Vincent Duse raconte comment la direction du site de Mulhouse a fait la sourde oreille et a retardé au maximum la fermeture des usines, dans une ville qui constitue pourtant une pointe avancée de la propagation du virus. La direction du groupe a fini par appeler à fermer momentanément face à la colère des salariés et à la multiplication des droits de retrait. « Il faut savoir qu’un salarié avait contracté la maladie et était en réanimation depuis début mars. Pourtant, aucun de ses collègues n’avait été prévenu et aucun n’avait été mis en quatorzième ! Quelle bande d’irresponsables » s’énerve Vincent. Dans l’aéronautique, c’est également devant la crainte de voir se multiplier les droits de retrait et les débrayages que de nombreux sous-traitants ont décidé de mettre la production à l’arrêt. « Dans mon usine [AHG] avant sa fermeture et les annonces de confinement par le Président de la République, on exigeait que les salariés fragiles qui avaient du diabète, de l’hypertension ou quelqu’autre maladie dont on commençait à savoir qu’elles étaient à risque si elles se combinait avec le Covid-19, soient renvoyés chez eux avec maintien de salaire. Le patron avait alors refusé… alors même que désormais, la Sécurité sociale a listé une série de maladies qui permettent de se faire un arrêt de travail de 21 jours » raconte Gaëtan, délégué syndical CGT-AHG.

Autrement dit, alors que dans les usines, les ouvriers se sont organisés pour empêcher que « leurs profits » passent avant « notre vie », certaines organisations syndicales, dont Force ouvrière, appellent, elles, à restaurer progressivement la production… Une réouverture progressive (en termes de nombre de salariés), mais immédiate dans de nombreuses entreprises. Dans l’automobile, les usines devraient rouvrir à partir de la fin de la semaine. Dans l’aéro, c’est déjà chose faite dans certaines boîtes, Airbus a relancé la production dès le lundi 23 et a mis une pression sur l’ensemble de ces sous-traitants, ce qui représente au total près de 100 000 salariés dans la région Occitanie, pour que la production soit relancée.

« Sauver l’économie » sur le dos des travailleurs

Quand nous sommes confrontés à une crise sanitaire historique, ces appels à restaurer la production dans des secteurs pourtant non-essentiels ne peuvent, dans les faits, signifier qu’une seule chose : la priorité des profits sur la santé des salariés et de leurs proches pour ces mêmes signataires, en dépit des déclarations qu’ils peuvent faire par ailleurs. « Il faut donc continuer à produire des avions, c’est la décision de ces gens-là, et tant pis si des ouvriers en meurent, si leur entourage en meurt et si des personnels soignants en meurent » selon la CGT- Latécoère qui dénonce la réouverture de leur trois sites de production comme une « décision monstrueuse et à la fois criminelle et stupide ».

C’est le même discours que l’on entend du côté du gouvernement qui, tout en durcissant les conditions de confinement pour la population, invite les usines à reprendre leur activité. Ainsi, selon les mots de Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, les mesures de restrictions ne sauraient « signifier que l’activité économique doit être réduite pour tous les autres secteurs professionnels qui ne génèrent pas habituellement des rassemblements de clientèle » et « ne doivent pas aboutir à dissuader nos concitoyens de poursuivre leur activité ». Comment comprendre que nous ayons à respecter à la lettre les mesures de confinement pour freiner la propagation de l’épidémie quand, dans le même temps, des centaines de milliers, voire des millions, de salariés sont invités à reprendre leur activité ? Ce double discours du gouvernement en cache par ailleurs un autre puisqu’il semblerait que les conditions d’accès au chômage partiel ont été durcies (c’est en tout cas ce que disent les directions de plusieurs entreprises à leurs salariés pour les faire reprendre), alors même que les membres du gouvernement affirment que le droit au chômage partiel doit être garantit pour tous ceux qui le souhaitent.

La meilleure façon de soutenir le personnel soignant c’est de fermer les usines

Tout en se positionnant pour une reprise du travail, le communiqué commun stipule que la production doit reprendre progressivement sur la base de deux conditions selon ces mêmes organisations. Identifier « en priorité les activités vitales nécessaires à leur fonctionnement, à celles des filières utiles au pays, ainsi que celles intra-filières » et adapter « scrupuleusement leur environnement de travail en mettant en place les mesures organisationnelles, collectives et individuelles qui permettent d’assurer la sécurité sanitaire de tous : distances de sécurité, gestes barrières, mise à disposition d’équipements individuels (gants, masques,…), produits désinfectants, lavage des vêtements de travail, nouvelle organisation du travail, etc. »

Pourtant, les ouvriers le savent, il est impossible de faire confiance au patron pour garantir leur sécurité. Lorsque le travail reprend, la sécurité est loin d’être garantie dans les ateliers. « Même avec des précautions comme le port de masques et de gants, on continue de penser que cela reste insuffisant : prenons la mesure de distanciation d’un mètre, il n’y aucune étude sérieuse en virologie qui aurait prouvé que cette distance protège parfaitement de toute contagion – c’est une mesure arbitraire… Aux Etats-Unis par exemple, la distance est plutôt de deux mètres et en Corée du Sud, on parle même de quatre à cinq mètres ! » explique Gaëtan Gracia, délégué syndical CGT aux Ateliers de la Haute Garonne, sous-traitant aéronautique. Et, lorsque les patrons prévoient des masques à la disposition de leurs salariés, comme c’est le cas à Airbus par exemple, comment expliquer que cela soit possible alors même que le personnel soignant en manque cruellement ?

La meilleure façon d’aider le personnel soignant, c’est de fermer ces usines lorsque la production ne peut pas être reconvertie pour fabriquer le matériel nécessaire à la gestion de la crise (masques, appareils respiratoires, etc.). C’est d’ailleurs le message qui circule de l’autre côté des Alpes, en Italie, où le bilan humain est le plus désastreux. Des centaines d’infirmières ont lancé un message pour inciter à suivre l’appel à la grève ce mercredi 25 mars : « Il est temps de faire grève. La santé et la sécurité avant tout ! Bien que notre [participation] à grève ne soit que symbolique – une minute de rotation entre le personnel de garde entre 13h30 et 14h30 – nous vous demandons de faire grève. [Faites] grève pour nous aussi. Nous ne voulons pas être des anges ou des héros, nous sommes des agents de santé ».

L’heure est grave et c’est précisément pour ça que, contrairement à ce qu’affirment les organisations syndicales signataires du communiqué commun, elle n’est pas à la reprise du travail, ni même au « rassemblement » avec ceux qui entendent faire passer leurs intérêts privés avant l’intérêt collectif. C’est au contraire le moment de nous battre pour refuser que les usines non-essentielles rouvrent, ou pour que la production soit relancée pour aider à la gestion de la crise, par exemple en fabriquant des respirateurs artificiels, et sous contrôle des travailleurs eux-mêmes qui sont les seuls à pouvoir garantir leur sécurité contre la logique patronale. De même, il faut exiger que les patrons qui disposent de masques les remettent immédiatement au personnel de la santé qui en ont besoin en priorité. C’est pourquoi les initiatives des sections syndicales qui appellent à ne pas reprendre le travail sont plus que salutaires, comme c’est le cas de la CGT- Latécoère, de la CGT-AHGou encore de l’UNSA-Derichebourg, pour ne citer que quelques exemples. Ces expériences sont à généraliser.




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