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Politique

Le gouvernement à la manœuvre

« Spectre des gilets jaunes », Macron hanté par une convergence le 5 décembre

Le 5 décembre se rapproche de plus en plus et la perspective d'une grève générale massive semble prendre de plus en plus forme. Une perspective qui ne laisse pas indifférent le gouvernement qui essaie à tout prix d'éviter cette issue.

mercredi 20 novembre

Le gouvernement était déjà nerveux face à la colère grandissante qui gagnait de plus en plus en de secteurs (RATP, hôpitaux, SNCF). Mais depuis l’anniversaire des 1 an du mouvement des Gilets jaunes, qui a été à Paris d’une violence comme on en avait pas vu depuis plus plusieurs mois, les craintes de Macron et de son entourage ont encore grandi, et l’Élysée fait maintenant tout pour endiguer une coagulation des colères le 5 décembre.

Un ministre a d’ailleurs rapporté au Parisien que Macron est « est inquiet, mais concentré […] Il n’est pas traumatisé par ce qui s’est passé. C’est plutôt une partie de son entourage et les cabinets ministériels qui sont frileux. On est gouvernés par la peur ».

Et Macron a de bonnes raisons d’être inquiet : après un an de mobilisation, le mouvement des Gilets jaunes a laissé des traces importantes sur le paysage politique français, en témoigne une véritable « contamination jaune » du mouvement ouvrier dont plusieurs secteurs se sont mis en grève « sauvage » sans préavis.

De plus, le mouvement des Gilets jaunes en lui-même a connu un sursaut important samedi dernier pour « l’anniversaire » du mouvement : loin d’être une simple « commémoration » ou « fête », les Gilets Jaunes ont démontrés que leur colère était loin d’être éteinte, malgré le déploiement policier massif, et les violences des forces de répression qui vont avec.

Gilets jaunes et grèves sauvages : Macron joue les démineurs

Dans ce contexte, l’Exécutif fait tout pour empêcher la jonction entre le secteur, toujours aussi radical même un an après, des Gilets jaunes et le mouvement ouvrier traditionnel qui menace de plus en plus la tranquillité du gouvernement. Coté Gilets jaunes, depuis le dernier samedi, le gouvernement fait tout pour décrédibiliser le mouvement actuel dans l’espoir de lui faire perdre du soutien de la part de l’opinion publique. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye a par exemple déclaré sur Radio J que « Malheureusement, le mouvement des Gilets jaunes est, depuis un certain nombre de mois, gangrené par des ultras, des gens qui considèrent que la violence politique est légitime. Et en aucun cas nous ne pouvons l’accepter. »

Macron a lui aussi mis du sien dans cette entreprise de Gilets jaunes bashing lundi soir en disant à propos du samedi de manifestations : « Lorsque la haine s’abat et qu’au nom d’idéaux la destruction se joue dans la rue, trop de voix se taisent et deviennent alors complices, trop de voix laissent confondre des idéaux avec le nihilisme de la violence ».

Cependant, le niveau répression ahurissant qui s’est abattu sur la manif samedi continue de choquer une grande partie de l’opinion publique et des Gilets jaunes, et les violences policières sont de plus en plus difficile à justifier et légitimer pour le gouvernement.

Du côté du mouvement « traditionnel » des travailleurs, Macron emploie une stratégie différente visant à diviser le privé et le public tout en affichant une volonté de négociation, tout du moins en façade. Cette volonté du gouvernement de prendre les secteurs en lutte avec des pincettes au risque d’une explosion sociale importante est confirmée par un membre de l’exécutif dans un article « ) du Parisien : « Cette fois-ci, contrairement à l’an dernier où c’étaient les Gilets jaunes qui étaient à la manœuvre, ce sont les organisations syndicales qui mènent la danse et les Gilets jaunes qui pourraient se greffer. Et dans ce cas, la force d’entraînement sur un sujet aussi mobilisateur que les retraites est réelle et la crainte d’une grève reconductible aussi ».

Macron préfère donc utiliser la carotte que le bâton et espère calmer la colère au moyen de réformes et de négociations. Depuis Macron lui-même, qui revient sur le terrain pour tenter de convaincre les Français de sa volonté de « réformer sans brutalité », à Édouard Philippe, qui était à Pau la semaine dernière, en passant par l’ensemble des ministres, « sermonnés » par le chef de l’État pour ne pas en faire assez, le gouvernement se lance dans une course contre la montre pour éteindre l’incendie, à commencer par le secteur de la santé pour lequel Édouard Philippe va présenter ce mercredi un plan « fort, massif, conséquent ». Pour ce qui est de la réforme des retraites en elle-même, après avoir envisagé « la clause grand père » comme plan B pour contenir la colère populaire, le gouvernement espère maintenant que des négociations avec les dirigeants syndicaux pourrait être une porte de sortie. Les principaux syndicats de la SNCF (CGT, Unsa, SUD et CFDT) ont en effet été invités à une réunion jeudi avec Jean-Paul Delevoye et le secrétaire d’État aux Transports.

Cependant, cette stratégie elle même reste risquée, donnant l’impression que le gouvernement recule avant même le combat, poussant même Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, à demander à ce que l’Exécutif « sorte du bois ». Par ailleurs, la grève à la RATP ou les récents mouvements à la SNCF démontrent qu’il existe déjà une « giletjaunisation » de secteurs du monde du travail, peu enclin à la négociation traditionnelle et affichant une volonté claire de s’affronter à la politique de Macron.

Jupiter vacille, à nous de lui porter un coup fatal

Même si Macron est faible et a du mal à contenir ce qui se profile pour le 5 décembre, rien n’est encore gagné et cette grève générale est encore à construire. La course contre la montre est également lancée pour notre camp social et il est capital que chacun et chacune, là où il travaille, là où il vit, militant ou non, se prépare à répondre présent le 5 décembre et convainque autour de lui toutes celles et ceux qui veulent que la peur et la domination changent de camp. Cela passera, avant tout, par l’auto-organisation de la lutte sur les lieux de travail, pour une grève reconductible pour imposer un rapport de force conséquent pour le retrait pur et simple de la réforme.

Tout est encore à construire, notamment dans le secteur de la jeunesse qui a été absent du mouvement des Gilets jaunes cette année. Si l’affaire du jeune militant qui s’est immolé devant un bâtiment du CROUS a mis sur le devant de la scène les questions de précarité et a initié des débuts d’organisation de la jeunesse avec plusieurs AG dans certaines villes, la jeunesse doit impérativement se réveiller pour le 5 décembre et apporter sa force et sa combativité à la lutte acharnée qui s’annonce. Elle a déjà démontré ailleurs, au Chili, à Hong Kong, en Irak ou en Catalogne où les jeunes sont en première ligne, qu’elle était une force capable de faire trembler les gouvernements.

Crédits photo : REUTERS/Régis Duvignau




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