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Politique

Alors que le pic épidémique est encore à venir, toujours pas de dépistage massif

Après des semaines de polémique quant à la gestion catastrophique de la crise, le gouvernement est obligé de faire demi-tour sur le déconfinement, annonçant que le pic épidémique n’est pas encore atteint, mais encore aucune mesure de prévention massive n’est annoncée.

mardi 7 avril

Après qu’Edouard Philippe ait commencé à ouvrir les perspectives de déconfinement il y a quelques jours, alors que le jour même on atteignait 509 morts de plus en 24 heures, le gouvernement est obligé de rétropédaler. Olivier Véran ce vendredi matin sur le plateau de Bourdin et Édouard Philippe lui-même à l’Assemblée ont ainsi affirmé que toute question sur le déconfinement serait prématurée.

Suite à des semaines d’impréparation, d’hésitation, de polémiques autour de la situation scandaleuse dans les hôpitaux et du bilan catastrophique de la gestion de la crise sanitaire, l’exécutif ne cesse de changer de cap : ce vendredi matin, le ministre de la santé rembarre d’un revers de main la question du déconfinement comme si elle ne s’était jamais posée. Après avoir mis la charrue avant les bœufs, il rectifie le discours, et annonce que le pic épidémique ne serait pas encore atteint.

Nous sommes face à une situation dramatique, où à l’échelle mondiale le coronavirus fait des ravages, y compris aujourd’hui dans les puissances impérialistes comme les États Unis qui deviennent l’un des principaux foyers à l’échelle internationale, avec plus de 10 000 morts à son compte.

En France, d’après les derniers bilans, nous avons atteint plus de 10 000 décès, avec aujourd’hui plus de 30 000 personnes hospitalisées. Véran mis face à ses contradictions par les questions de Bourdin est obligé d’employer d’innombrables euphémismes sur l’évolution de l’épidémie et de sa gestion en France. Selon le ministre, nous sommes en train de voir une "réduction de l’augmentation de l’épidémie", "une aggravation qui se freine progressivement". Mais il se contredit ensuite, expliquant que le pic épidémique ne serait pas encore atteint.

Utilisant des métaphores alambiquées sur le pic épidémique, Véran a également justifié la nécessité aujourd’hui de durcir le confinement, en s’appuyant sur les dernières déclarations du ministre de l’intérieur. Plusieurs mesures sont envisagées, et d’autres sont déjà mises en place, comme le durcissement des contrôles et l’augmentation des amendes, mais aussi la possibilité pour les maires et préfets de prendre des mesures de couvre-feu, comme c’est déjà le cas dans plusieurs villes, ou encore l’interdiction en Île de France d’aller courir pendant la journée.

Le seul exploit du gouvernement, avoir mis l’hôpital public en feu

« 7000 malades sont actuellement en réanimation, alors que nous avions avant l’épidémie seulement 5000 lits pour ce service » affirme le ministre de la Santé sur RMC. Un exploit qu’il accorde au gouvernement sur la prise en charge de cette crise sanitaire, tel que les hôpitaux de campagne militaires qui ont été construits pour gagner des places, des TGV ambulances pour faciliter les transferts de malades, etc.

Des ajustements face à la crise en vérité minimaux d’un gouvernement pompier pyromane, qui depuis le début de son quinquennat, en s’inscrivant à la suite des gouvernements successifs a continué d’alimenter l’incendie des services publics. Coupes budgétaires, plans de licenciements et manque de moyens, voilà la situation dans laquelle est plongé l’hôpital public, aujourd’hui en première ligne de la gestion de la crise.

Une situation catastrophique alors que les hôpitaux sont débordés et que les soignants manquent de moyens. Mais les hospitaliers alertaient déjà l’année dernière, multipliant grèves et manifestations pour dénoncer les coupes budgétaires dans la santé. Les urgentistes en première ligne dénonçaient déjà une situation déplorable, que l’on peut décrire longuement, allant de la fermeture de centres de santé dans les zones rurales, aux salles d’attente pleines dans les urgences où l’on trie les patients, en passant par le manque de lits généralisé. Le seul exploit du gouvernement est donc d’avoir renforcé la crise de l’hôpital public et ouvert les conditions pour que la crise produise l’effet actuel.

Les soignants, ces héros qu’on envoie à la guerre sans armes

Olivier Véran, comme l’ont fait d’autres membres de l’exécutif, n’a pas manqué de glisser un mot sur le rôle héroïque des soignants dans la période : s’il touche juste sur le fait qu’ils sont les principaux acteurs de la gestion de cette crise, cela ne cache pas que le gouvernement a mené une politique criminelle qui les met en danger ainsi que la population.

En effet, derrière la rhétorique guerrière, Macron n’a donné aux soignants aucune arme pour affronter la guerre contre le virus. Des héros désarmés, qu’on a pu voir s’exprimer dans plusieurs témoignages sur la situation alarmante des hôpitaux. Le manque de matériel est criant et lorsqu’il y en a, il est défaillant. Avec des masques périmés ou des blouses qui se déchirent en lambeaux, comme à l’hôpital de La Timone à Marseille.

Du côté des masques, où il y a eu de nombreuses polémiques sur la gestion des stocks, plusieurs annonces consternantes ont été faites. Ainsi, Jean Yves Le Drian a expliqué sur BFMTV que la commande de milliards de masques promise n’arrivera que d’ici fin juin. De l’autre côté, on apprend dans un document confidentiel que révèle Sud PTT, que La Poste, groupe dans lequel l’État est le principal actionnaire, possède un stock de 24 millions de masques, qu’elle ne voulait pas révéler pour ne pas qu’il soit réquisitionné, à l’image de Airbus qui avait obtenu 20.000 masques pour forcer la reprise aux salariés.

Alors que le pic épidémique approche, le gouvernement ne prend toujours aucune mesure de prévention massive face à la crise

Alors qu’on nous annonce que nous n’avons pas encore atteint le pic épidémique, et que le record tragique de plus de 10 000 morts approche, il est urgent de mener une campagne massive de tests. Pourtant le gouvernement continue d’éviter le sujet, ainsi, dans son intervention au micro de RMC, Véran a eu du mal à répondre à Bourdin : selon lui, il y a « un choix raisonné de ne pas tester », qu’il justifie par un florilège de difficultés que cela créerait, affirmant même que leur efficacité serait biaisée par le fait que la situation évolue très vite. Aujourd’hui, même à un stade avancé de la maladie, avec tous les symptômes, on n’est pas forcément pris en charge, et encore moins dépisté. C’est un scandale, alors que ces tests permettraient justement de surveiller et faire un état des lieux de la propagation du virus, ainsi que de cibler les régions les plus touchées. Dans le même ordre, le gouvernement continue de ne pas répondre clairement sur les masques, alors qu’il est de plus en plus clair qu’ils sont urgemment nécessaires, déjà dans les secteurs essentiels, mais plus largement alors que le virus se transmettrait en vérité encore plus facilement que prévu.

Aujourd’hui, alors que la préoccupation du gouvernement semble se placer surtout sur les intérêts économiques des grandes entreprises, le patronat veut imposer dans de nombreux secteurs de continuer de tourner ou de reprendre la machine alors qu’il ne s’agit pas de secteurs essentiels pour résoudre la crise. Mettant en danger des millions de vies, des travailleurs eux-mêmes contraints d’aller au travail, mais aussi de la population dans son entièreté puisque ces usines deviennent de nouveaux foyers de contamination. En Italie c’est la région la plus industrialisée, la Lombardie, qui a été la plus frappée par le covid-19. Plus que jamais, exigeons la fermeture des usines non essentielles.

Face à la politique criminelle de ces gouvernements qui ont du sang sur les mains quant à leur gestion catastrophique de la crise, nous devons exiger des tests à une échelle massive, la réquisition et la nationalisation de la production essentielle pour l’effort de guerre au virus, en armant véritablement les guerriers que sont les soignants face à l’épidémie. Nous exigeons également un investissement massif dans les services publics et en particulier celui de la santé, en revalorisant les salaires et en mettant à disposition tout le matériel nécessaire, et ce, payé par les grandes fortunes, car nous ne refusons de payer la facture de leur crise.

Crédits photo : Solidaires 31




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