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Politique

Pleurer la mort du président ? Sérieux ?

Chirac. Voleur et grand serviteur de la bourgeoisie

Le titre fera bondir. Chirac est l’une des personnalités politiques les plus appréciées des Français et des Françaises, paraît-il. Cela n’en fait pas pour autant le meilleur ami des classes populaires, lui qui disait vouloir réduire la fracture sociale.

jeudi 26 septembre

C’est ainsi qu’on se le rappelle, voulant réduire les tensions sociales dans le pays, à la veille de son arrivée à la présidence, en 1995. En guise de fracture, il y aura la réforme Juppé des régimes spéciaux et de la Sécu, que le gouvernement devra ravaler, après un intense mouvement de grève, en novembre et décembre 1995. Et puis il y aura le mauvais coup contre les retraites des fonctionnaires, en 2003, avec François Fillon à la manœuvre, la proclamation de l’état d’urgence pour faire taire les banlieues, en 2005, et la tentative de mettre en place un salaire au lance-pierre pour les jeunes, le CPE, en 2006. Ses détracteurs, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy, l’accusaient d’avoir été un « roi fainéant », lorsqu’il était à l’Elysée. Ce n’est pas faute d’avoir tapé ou voulu taper sur le monde du travail.

En termes de matraques, d’ailleurs, Chirac en connaissait un rayon. C’est lorsqu’il est Premier ministre en 1986, que les voltigeurs de Charles Pasqua assassinent Malik Oussékine, en marge des manifestations contre le projet de réforme universitaire Devaquet. Et quand la matraque ne suffit pas, Chirac fait tirer à balles réelles. En Kanaky, en mai 1998, il fait donner l’assaut de la grotte d’Ouvéa contre les combattants du Front de Libération National Kanak et Socialiste, qui se solde par 19 morts. Pour un « ami de l’Océanie », comme se présentait parfois Chirac, ça la fout mal.

Mais celui qui a prononcé un vibrant discours (écrit par Nicolas Hulot) sur « la maison qui brûle » et la protection de l’environnement, à Johannesburg, en 2002, était le même qui, quelques années auparavant, avait donné l’ordre de relancer les essais nucléaires français à Mururoa, dans les territoires coloniaux français que Paris possède en Polynésie.

Jamais à un paradoxe près, Chirac a fait la girouette, toute sa vie. Vendeur de L’Huma Dimanche au début des années 1950, il est gaulliste souverainiste un peu plus tard, conseiller de Pompidou et marié à une aristo qui lui permet de conquérir un siège de député en Corrèze, dès 1967. Opposé à l’Europe, puis fervent partisan de la mise en place de l’austérité en vue du lancement de l’euro, opposé à la guerre en Irak, certes, il donne pourtant son accord à la mise en place ou à la poursuite des opérations Epervier, au Tchad, dans les années 1990, à l’invasion de l’Afghanistan, après 2001, puis à l’Opération Licorne, en Côte d’Ivoire, en 2002.

Humaniste, ami des « arts premiers » sous ses dehors d’amateur de bière et de musique militaire (soi-disant pour faire davantage « proche du peuple », ce qui indique l’image que Chirac se faisait du peuple.), l’ancien président a surtout et avant tout été un politicien de droite qui n’a jamais renoncé à une petite phrase, raciste, pour faire son beurre électoral. On se souviendra du « bruit et des odeurs » des « immigrés ».

Et pour finir, il y a les affaires : celles de la Ville de Paris et du Rassemblement Pour la République, avec à la clef des emplois fictifs pour, au bas mot, 1,4 millions d’euros de détournement. Ce sont ses lieutenants, au premier rang desquels Alain Juppé, qui vont prendre pour lui et servir de paratonnerre et se faire (légèrement) condamner au terme d’un marathon judiciaire de plus de quinze ans. Malgré 40 ans de vie politique et douze ans d’immunité présidentielle, Chirac sera au final néanmoins jugé, au rabais, en 2011, et condamné à deux ans de prison avec sursis.

On ne saurait se réjouir de la mort d’un homme. En revanche, on peut encore choisir qui pleurer. Et contrairement au chœur quasi unanime qui, de gauche à droite en passant par Macron et Mélenchon, rend hommage à celui dont on vient d’annoncer la mort il y a à peine deux heures, on fera le choix de s’abstenir. Chirac, jusqu’au bout, aura su défendre ses intérêts, personnels, et, surtout, ceux du patronat français, qu’il s’est efforcé de servir, tout au long de sa carrière politique. Comme quoi, le « vieux monde » tant décrié par Macron n’avait pas que des mauvais côtés pour la bourgeoisie.




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