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Fini la lutte, retour à la normale ?

Les syndicats annoncent le retour du dialogue social avec le patronat, mais pas de plan de bataille

Ce mardi, les syndicats et le patronat ont acté un calendrier de négociation pour la rentrée. Si la CGT n’a pas signé le texte, elle participera tout de même à des discussions. Une manière de clore définitivement la séquence de la réforme des retraites et de participer au retour à la normale désiré par le gouvernement.

Alexis Taïeb

6 juillet 2023

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Les syndicats annoncent le retour du dialogue social avec le patronat, mais pas de plan de bataille

Crédits photos : Marylise Léon défendant le dialogue social avec le gouvernement sur BFM TV en mars 2021

Avec les révoltes et la mort de Nahel, on avait presque oublié l’intersyndicale qui était pourtant au centre de l’attention ces six derniers mois. En début du semaine, le journal patronal Les Echos a annoncé que les syndicats et le patronat s’étaient mis d’accord pour proposer au gouvernement un texte, à l’initiative du Medef, avec un calendrier de négociation prévu pour la rentrée prochaine. Parmi les syndicats, seule la CGT a refusé de signer, car la question des salaires et de l’assurance-chômage ne figurent pas dans les termes de l’accord, mais la centrale de Montreuil participera tout de même à certaines négociations.

Un accord qui signe le retour tant attendu par le gouvernement du dialogue social et clôt définitivement la séquence de la réforme des retraites. Les discussions se divisent ainsi en deux catégories. Une première qui se déroulera en autonomie du gouvernement, et une seconde dans le cadre défini par la lettre de cadrage de ce dernier.

Complémentaire retraite, employabilité des seniors, accord interprofessionnel sur le partage de la valeur…

Dans la première partie, six sujets sont évoqués, tout d’abord la gouvernance des groupes de protection sociales (GPS), le lancement du comité de suivi de l’accord interprofessionnel (ANI) télétravail, un diagnostic sur la prévoyance des non-cadres, ou encore la « valorisation des parcours syndicaux ».

On retrouve ensuite la convention Agirc-Arrco, qui doit être discutée tous les 4 ans, et qui se charge du régime de retraite complémentaire obligatoire pour les salariés du privé. Ce mercredi, Les Echos a révélé dans un article que le système de « bonus-malus » pourrait être ainsi revisité, en raison de la récente réforme. Celui-ci incitait les salariés à prendre leur retraite après l’âge de départ au-delà de l’âge légal, sous peine de voir leurs pensions réduite de 10 %. Cette discussion devrait être réglée dès le mois d’octobre, avant la revalorisation annuelle des pensions en novembre en fonction de l’inflation.

Enfin, il sera discuté le lancement du comité paritaire de transposition de l’accord interprofessionnel (ANI) sur le partage de la valeur ratifié en février dernier et avalisé par tous les syndicats à l’exception de la CGT. Un accord qui prévoit l’extension de la participation, de l’intéressement et des primes de partage de la valeur (PPV ou « prime Macron ») aux TPE-PME. Une manière d’éviter totalement la question centrale de l’augmentation des salaires et de renvoyer ces questions aux négociations entreprises par entreprises. À l’Assemblée nationale les parlementaires viennent tout juste d’adopter le texte en première lecture et attendent la réponse du Sénat pour le transposer dans la loi.

Dans un deuxième bloc de thématiques, qui seront discutées sur la base d’une lettre de cadrage envoyé par Matignon, on retrouve centralement l’employabilité des seniors. Un sujet particulièrement épineux, notamment depuis le report de l’âge légal de départ à la retraite, et grand absent du texte adopté en mars dernier par 49.3. Une question complexe, car les entreprises en quête de productivité, cherchent en général à se débarrasser des salariés les plus âgés, souvent abîmés par des années de travail et qui se retrouvent au chômage sans perspective de reprise d’emploi. Dans la lignée, on retrouve également la question des parcours professionnels, de l’usure au travail et des reconversions. Enfin, la question du compte épargne temps, que Macron avait promis de rendre universel lors de sa campagne présidentielle, sera discuté.

Mais les deux grands absents de cet accord, soumis à des « travaux complémentaires » toujours d’après les Échos, ce sont l’assurance-chômage et l’augmentation des salaires. Pour rappel, le gouvernement a réformé la première afin de réduire les durées d’indemnisation des chômeurs en fonction du taux d’emploi en France. Cette réforme devra être appliquée pleinement dès le 31 décembre. Concernant les salaires, ces derniers sont toujours rongés par une inflation qui reste fixée à 4,5% sur un an au mois de juin, tandis que celle des prix alimentaires est de 15%.

Un accord qui signe le retour du dialogue social, la fin de la lutte et le retour à la normale

Ainsi, cette annonce ne doit surprendre personne, étant donné qu’elle conclut des discussions qui ont cours depuis plus de deux mois, bien avant la dernière date de grève appelée par l’intersyndicale le 6 juin. En effet, dès la fin avril, Elisabeth Borne dévoilait sa feuille de route pour les « 100 jours d’apaisement » appelés par Emmanuel Macron et offrait une main tendue aux « partenaires sociaux » en espérant renouer un dialogue perdu.

En guise de réponse, Laurent Berger faisait mine de poser quelques conditions avant de retourner à Matignon, arguant la nécessité de discuter « négociation obligatoire de l’organisation du travail dans les entreprises, augmentations des salaires dans les branches professionnelles conditionnées aux versements ou non des aides publiques, ordonnances de la loi travail qui ont réduit le droit syndical, … ». La CGT de son côté, insistait sur la nécessité du retrait de la réforme, mais déclarait d’un autre côté sa volonté de « parler des vrais sujets ». C’est-à-dire des salaires.

Deux semaines plus tard un rendez-vous était fixé pour le 16 et 17 mai entre les syndicats et Elisabeth Borne. Une nouvelle dont s’était félicité Bruno Le Maire, qui y voyait un « signal très positif ». Autrement dit, une sortie de crise. La discussion à Matignon passée, Sophie Binet déclarait : « On nous avait vendu du dialogue social. On a assisté à deux heures de monologue patronal », avant de souhaiter l’ouverture prochaine de véritables négociations. Un mois après, l’intersyndical se réunissait une dernière fois avant l’été, et publiait un communiqué dans lequel elle actait la défaite du mouvement, qui apparaissait comme inéluctable de son point de vue.

L’annonce du récent accord est donc le dernier acte d’une pièce qui a commencé il y a longtemps. Si la CGT a refusé de signer l’accord, car la question des salaires et de l’assurance-chômage n’étaient pas abordés, elle participera bel et bien aux discussions qui l’intéressent. De cette façon, si dans la forme la centrale de Montreuil se démarque des autres syndicats, dans le fond elle fait la même chose et renoue tout autant avec le dialogue social. La page des retraites est donc bel et bien tournée pour les directions syndicales.

Dialogue ou plan de bataille ?

Alors que le principal bilan de ces six derniers mois est que le gouvernement est inflexible et prêt à tout pour avancer son agenda néolibéral, les syndicats veulent miser sur la possibilité de convaincre par la discussion le gouvernement d’accorder des concessions au monde du travail et à la jeunesse. Ce même gouvernement qui a imposé une réforme rejetée par la quasi-totalité de la population à coup de 49.3, en plus des réformes du RSA et de l’assurance-chômage qui vont pénaliser les plus précaires.

D’un autre côté, il promet une offensive autoritaire de plus en arguant faire face à une société en cours de « décivilisation » depuis quelques semaines. Il faut comprendre que Macron désigne surtout une population qui relève la tête face à sa politique. Les derniers jours ont été de ce point de vue on ne peut plus explicite. Alors que le meurtre du jeune Nahel par un policier a provoqué une révolte dans tous les quartiers de France, le gouvernement a répondu par la violence : déploiement de 45 000 policiers, de la BRI, du GIGN, du RAID, peines de prison ferme par centaines, menace de l’instauration de l’état d’urgence et de coupure des réseaux sociaux. Plus récemment, Macron a exprimé sa volonté de potentiellement criminaliser les familles des jeunes qui se sont mobilisés, en leur coupant leurs aides sociales.

De ce point de vue, l’annonce d’un calendrier de négociation par les syndicats parait totalement déconnectée des besoins de la situation. Loin de la discrétion dont font preuve les syndicats au sujet des révoltes en cours, il est nécessaire de proposer un plan de bataille qui se donnerait l’objectif d’instaurer un rapport de force conséquent face au gouvernement. Il faut en ce sens coordonner les colères, et imposer une réponse par en bas qui revendique à la fois l’augmentation générale des salaires et leur indexation sur l’inflation pour lutter contre la précarisation du plus grand nombre. D’un autre côté, il faut lutter contre les violences policières, le racisme d’Etat et la répression que subissent les habitants des quartiers populaires.

La crise dans laquelle s’est engouffré le gouvernement depuis la réforme des retraites est loin d’être renfermée. L’explosion sociale qui secoue actuellement les banlieues en est le plus récent symptôme. En parallèle, des grèves sur les salaires n’ont pas arrêté de se déclencher ces dernières semaines et la victoire des Verbaudet démontre la possibilité d’arracher des augmentations de salaires en instaurant un rapport de force. Plus que jamais, notre camp social à besoin d’un plan de bataille à la hauteur des enjeux et d’une réponse ferme aux offensives du gouvernement.


                  
  
    
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