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Coup de gueule

PSA Mulhouse : "En imposant la fermeture, les salariés ont pris leur santé, leur vie en mains"

Nous relayons ici le coup de gueule d'un ouvrier et militant CGT à PSA Mulhouse, initialement publié sur le site Alterpresse68. Il y explique la lutte des salariés de l'usine pour prendre leur protection et leur santé en mains face au Covid-19.

mercredi 15 juillet

 Crédits photo : AFP/Jean-Christophe Verhaegen 

Article initialement publié sur le site Alterpresse68.

À propos d’un article de l’Alsace paru le 9 juillet, intitulé « Fabriquer des voitures en période de pandémie », article concernant le site de PSA Mulhouse, je tiens à rétablir ma vérité, car la vérité historique racontée par ceux d’en haut n’est jamais celle vécue par ceux d’en bas.

Je suis salarié à PSA Mulhouse au Montage et militant CGT.

Dans l’article en question, il est expliqué que Peugeot a tout fait pour protéger ses salariés et était à la pointe des mesures barrière.

S’il est vrai qu’à partir du 26 février, des affiches étaient placardées pour demander « d’éviter tout contact physique pour se saluer, se laver régulièrement les mains, se moucher ou éternuer dans son coude », il est faux de dire que « depuis le 26 février, plus personne chez PSA ne se serrait la main. »

Au contraire, le discours de la hiérarchie était qu’il est malpoli de ne pas se serrer la main, qu’il faut arrêter la psychose, etc.

Ce qui a fait un électrochoc, une prise de conscience de la gravité de la situation à l’usine, çà a été la fermeture des écoles, une semaine avant le reste de la France, pas l’attitude de la Direction de PSA.

S’il est vrai que les salariés revenant de week-end en Italie ce mois de février étaient mis en quatorzaine, il n’en a pas été de même pour les proches et contacts des salariés qui tombaient malades du COVID au sein de l’usine, et il y en a eu..

Lorsqu’en tant que syndicaliste on essayait de savoir si tel salarié qui a été renvoyé chez lui était malade du COVID, la hiérarchie nous répondait « secret médical », et ne prévenait pas l’équipe du malade !

Le 5 mars, au Montage, une vingtaine de caristes débrayèrent et se mirent en « droit de retrait » car un des leurs était malade du COVID, depuis quelques jours et la Direction ne faisait et ne disait rien. Ce collègue avait été hospitalisé le 1er mars puis est décédé le 9 mai.

L’article de l’Alsace affirme que « le site haut-rhinois aurait dû être un cluster majeur sur le plan sanitaire. » … « Mais globalement, l’industriel a réussi à éviter l’hécatombe qui se produisait dans le Sud Alsace. » Mais en fait le nombre de malades Peugeot a explosé pendant le confinement. Ces malades ont attrapé le virus les jours avant la fermeture.

Je connais un salarié qui a perdu son père, son oncle et le fils de son oncle. J’en connais un qui est encore en rééducation après avoir été intubé et dans le coma. Au début du confinement, chaque jour, une dizaine de salariés du site appelaient l’infirmerie pour dire qu’ils étaient atteints par le virus. Et beaucoup de malades n’appelaient pas.

L’article dit également qu’il n’y a eu qu’un décès parmi les salariés du site, or à notre connaissance il y en a eu au moins 2. (un en Logistique et un au secteur Habillage Porte.) Mais combien ont transmis le virus dans leur famille et ainsi fait mourir involontairement des proches ? Combien en ont souffert et ont des lésions à vie ?

Oui, combien ont été atteints en réalité ? Et ce n’est pas pendant le confinement que la majeure partie d’entre eux ont été contaminés, mais avant, sans doute sur les lignes de montage, les vestiaires où on est tous les uns sur les autres, dans les bus, puisque des chauffeurs ont également été touchés.

L’article de l’Alsace dit : « Le site a fermé ses portes le 16 mars pour respecter le confinement. » Mais ce qu’il ne dit pas, c’est les tentatives de droit de retrait dans l’usine. Le 12 mars dans le secteur PCI, une nouvelle fois une dizaine de salariés ont utilisé leur droit de retrait, ne se sentant plus en sécurité. Et ce n’est pas le seul secteur dans lequel les salariés menaçaient de se retirer de la production pour se protéger.

Dans la matinée du 16 mars, un premier CSE eut lieu vers 9h, au cours duquel la Direction annonçait qu’elle voulait continuer à produire en nous faisant porter des masques, alors même que les hôpitaux et les Ehpad en manquaient. Très vite l’information a circulé dans les ateliers et plus personne ne comprenait les mesures de la Direction : pourquoi continuer à produire des bagnoles dans ces conditions ? Un rassemblement appelé par la CGT « à l’arrache » a réuni environ 80 personnes au Montage à l’entrée de l’atelier lors de la pause de 11H. La colère et le refus de continuer à travailler montait.

A midi, le deuxième CSE de la matinée annonçait l’arrêt de la production jusqu’à nouvel ordre. Les salariés de la tournée de l’après-midi étaient déjà dans les bus pour venir à l’usine, et les bus ont fait demi-tour. Le soir, le gouvenement annonçait le début du confinement.

Le Directeur de PSA a dit « Notre objectif… a toujours été que les salariés se sentent en sécurité. Qu’ils rentrent chez eux le soir en étant rassuré. » Comment le croire ?!

Ce sont les salariés qui ont imposé la fermeture de l’usine car ils ne voulaient plus travailler dans ces conditions plus longtemps !

Et ce mouvement de rejet, de grève qui ne dit pas son nom, a lieu dans bien des entreprises !

En imposant la fermeture, les salariés ont pris leur protection, leur santé, leur vie en mains.




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