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Politique

Encore une fois...

Piège du "dialogue social". Les 5 principales confédérations syndicales demandent une réunion à Matignon

Ce mercredi, les directions de la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC et la CFTC ont publié un appel pour demander une réunion avec le gouvernement. Une démarche revendiquant plus de dialogue social, loin de construire un plan de bataille à la hauteur contre les suppressions d'emploi et la précarité.

vendredi 16 octobre

C’est donc à travers un courrier commun adressé à Jean Castex, avec Emmanuel Macron en copie, que les directions des principales organisations syndicales du pays ont interpellé le gouvernement ce mercredi. La position prise dans ce document n’intervient pas dans n’importe quelle période.

Fermetures d’usines, PSE et APC, des offensives historiques contre le monde du travail

Aujourd’hui, les conséquences de la crise économique sont de plus en plus claires, le coronavirus a exacerbé une crise latente qui nous mène actuellement à un déluge d’attaques contre notre classe. D’une part il y a évidemment l’énorme vague de PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi) que l’on comptait déjà au nombre de 394 entre le 1er mars et le 13 septembre, et qui ne cesse d’augmenter. D’après les statistiques gouvernementales, on parle de 57 000 ruptures de contrats de travail, des chiffres à revoir malheureusement à la hausse. En parallèle, de nombreux licenciements hors-PSE, surtout dans les plus petites entreprises, avec le motif économique toujours mis en avant, on parle là d’au moins 3.200 licenciements collectifs. Enfin il y a les fermetures brutes d’usines qui viennent compléter le panorama. Un ensemble d’attaques tellement massif que l’on a du mal à en suivre l’ampleur, une section de la CGT a par ailleurs lancée un carte interactive pour les recenser.. Si l’on prend l’ensemble de l’année, les prévisions annoncent 800 000 emplois détruits. Des chiffres historiques qui risquent de s’aggraver encore en 2021 !

Quand ce ne sont pas des destructions d’emplois, ce sont les APC (Accord de Performance Collective) qui se mettent en place, avec le cas des Derichebourg comme exemple flagrant, où les patrons ont imposé des conditions gagnant-perdant : suppressions d’emplois ou baisse de salaire, on assiste à une généralisation de ces négociations. La logique est simple : profitant des licenciements massifs, les patrons mettent la pression sur les acquis là où ils existent encore.

Vers une explosion de la précarité structurelle

Depuis le début de la crise sanitaire, ce sont également les bénéficiaires aux du RSA qui ont grandement augmenté. Ainsi, alors qu’en mars 2020, près de 1,9 millions de foyers bénéficiaient du RSA dans le pays, les estimations prévoient que ce nombre va augmenter jusqu’à atteindre 2,1 millions de foyers concernés, soit une augmentation de plus de 10%.

Ainsi, alors qu’en mars 2020 près de 1,9 millions de foyers bénéficiaient du RSA dans le pays, les estimations prévoient que ce nombre va augmenter jusqu’à atteindre 2,1 millions de foyers concernés, soit une augmentation de plus de 10%.

Il faut évidemment regarder du côté du chômage, en juin dernier se sont plus de 6,16 millions de chômeurs qui étaient décomptés. Au vu de la situation économique que nous décrivons plus haut, les prévisions sont là aussi terrible, la Banque de France table de son côté sur un taux de chômage à plus de 11,5% en mai 2021. Une analyse qui semble être partagée.

Le carnage de l’emploi en cours plonge ainsi des millions de personnes dans une misère profonde et augmente les rangs des précaires. Les derniers chiffres de l’INSEE en 2018 parlaient de 9,3 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France. On peut d’ores et déjà affirmer qu’aujourd’hui la situation est bien pire.

Des mesures de contention pro-patronales

Face à tout cela, le gouvernement a confirmé son choix : un soutien au patronat à travers de nombreux cadeaux visant à un sauvetage des profits là où c’est possible ou limitant la casse. La ligne était déjà claire lors du premier confinement, puis ré-affirmée fin août à l’université d’été du Medef durant laquelle le nouveau premier ministre avait annoncé 10 milliards de baisse d’impôt patronaux

C’est à travers ce type de mesures que le gouvernement cherche à contenir la catastrophe, visant une relance de l’économie dont le coût avoisine les 100 milliards au total. Une somme systématiquement orientée pour soutenir les entreprises, tout en les laissant décimer les emplois.

Le "dialogue social" comme issue ?

Dans toute cette catastrophe socio-économique, les directions des cinq principales directions syndicales ont signé un communiqué commun dans lequel elles demandent plus de "dialogue social" et demandent "une réunion rapide" avec le gouvernement. La signature commune du document donne un certain poids à la démarche, car la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC et la CFTC ont effectivement rarement signé ensemble. Si ces organisations représentent des sensibilités différentes, elles optent aujourd’hui pour une stratégie commune : accompagner la casse sociale.

Le contenu des demandes porte sur quelques aspects plus ou moins immédiats, avec un report des grandes réformes (assurance chômage et retraites), une prise en compte de "la deuxième ligne" des salariés qui ont poursuivi le travail depuis l’arrivée du covid-19 ou encore un retour en arrière concernant les ordonnances de 2017 qui ont réduit les droits syndicaux de façon conséquente.

En réalité, l’ensemble de ces demandes semblent bien partielles au vu de la situation et de l’ampleur des attaques en cours. C’est une démarche tout entière avec laquelle il s’agit de rompre. Car s’il est légitime et nécessaire de défendre les droits des représentants syndicaux à défendre les intérêts des salariés dans les instances, cela ne saurait exonérer de la nécessité de construire le rapport de force par la mobilisation et par la grève. A ce titre on ne compte plus le nombre de PSE signés par une grande partie des directions syndicales, sans même qu’elles aient participé à la bataille contre les suppressions d’emploi et les licenciements. Comme chez AAA où FO et la CFE-CGC ont signé un PSE qui prévoit le licenciement de 567 salariés. C’est notamment en laissant s’installer les négociations entreprises dans les différentes boîtes sans chercher à construire un plan d’ensemble que les directions syndicales cautionnent le carnage social en cours.

Ainsi, continuer à jouer le jeu du dialogue social, à ne pas chercher à construire le rapport de force, est une trahison de plus en plus ouverte aux travailleurs qu’ils sont censés représenter.

Prendre appui sur les batailles qui s’ouvrent pour construire un véritable plan de bataille à la hauteur des enjeux

Malgré tout, il existe bel et bien des réponses des travailleurs et de secteur de leurs organisations syndicales face à la situation. On peut évidemment parler des raffineurs du site de Grandpuits qui ont entamé une mobilisation contre les 700 suppressions d’emplois que Total compte effectuer avec sa ‘’reconversion’’. C’est à travers une première journée de grève réussie mardi dernier que les travailleurs ont annoncé leur détermination à ne rien céder.

C’est également dans le secteur de l’aéronautique, là où les attaques sont les plus concentrées que des réponses commencent à s’organiser, notamment dans les branches les plus précaires comme les travailleurs d’Onet-Airbus à Toulouse, en grève reconductible depuis le 8 octobre pour des augmentations de salaires et contre la dégradation de leurs conditions de travail. Si ces luttes restent isolées, elles témoignent d’une colère bien présente, d’une détermination à ne pas laisser passer la séquence comme si de rien n’était.

Des coordinations à un plan de bataille d’ensemble

Il faut également souligner les initiatives les plus poussées en terme de coordination de ces batailles. Nous mentionnons la carte interactive lancée par une section de la CGT, qui vient répondre à une nécessaire visibilisation de la situation. Mais il faut également se pencher sur les premiers cadres de rencontre entre les salariés de différentes entreprises qui se sont lancés.

En premier lieu dans l’aéronautique, du côté de Toulouse, après une rencontre entre 19 entreprises, c’est un appel fort qui a été publié par plus de 20 syndicats et collectifs de syndiqués et non-syndiqués. De ce communiqué ressort un mot d’ordre : se préparer à la bataille et à ne pas se battre usine par usine mais tous ensemble pour refuser tout licenciement et tout chantage à l’emploi au travers des APC. Le slogan est équivoque : « N’attendons pas d’être les prochains, si on touche à l’un on touche à tous ! »

C’est aussi dans le secteur des transports que des initiatives sont à suivre, avec une rencontre des agents du transport public qui appellent à "construire l’unité" contre la privatisation. Une unité pour faire face à une situation dans laquelle : « Le corporatisme et la négociation de la régression sociale ne mèneront les travailleurs qu’à leur perte, c’est pour cela qu’il est urgent de s’organiser et de construire toutes et tous ensemble l’offensive.  »

Ces dynamiques posent les pierres de discussions d’ampleur qui doivent mener à un plan de bataille commun, incluant évidemment un programme qui vaut la peine de se battre. C’est à cette tâche que devrait se consacrer l’ensemble des organisations qui se revendiquent de la classe ouvrière et qui souhaitent réellement défendre les plus précaires face à une situation de crise qui ne fait que s’approfondir.




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