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Politique

Crise sanitaire

Claude, 75 ans : « J’accuse le gouvernement de nous avoir désarmés face au coronavirus »

Nous publions un texte de Claude, militante et retraitée, qui raconte pourquoi la crise sanitaire n’est le produit de ni l’épidémie de COVID 19, ni de l’incivisme de la population, ni encore moins la responsabilité du personnel hospitalier mais, tout simplement et avant même les errements de gestion de la crise, le fruit d’une politique de santé qui a rendu exsangue le système hospitalier.

mercredi 18 mars

Confinée désormais, persuadée d’une nécessité qui aurait dû être prise en compte bien plus tôt et avec bien plus de moyens, je m’indigne. Je m‘indigne pour ceux, moi peut-être, que les soignants devront laisser mourir, je m’indigne pour ces travailleurs que l’on oblige à aller au boulot pour les profits du CAC 40, je m’indigne pour ces étudiants que l’on éjecte brutalement de leurs lieux de vie. Je m’indigne…

Ils fustigent la population, pour qui se prennent-ils ?

Comment ne pas trouver à la fois intolérable et burlesque le ton adopté par Macron, puis Castaner, puis Lallement pour annoncer, une fois de plus, ce qu’ils savent le mieux faire, la contrainte, la menace, et les cohortes de policiers ?

Croient-ils la population totalement décérébrée, incapable de traiter rationnellement un problème, voire une crise, pour peu qu’on lui en donne les éléments d’analyse et les moyens de réponse ? Moi-même, pourtant habituée de longue date à ne pas m’en laisser compter, je me suis interrogée pendant un moment sur ce qui faisait que la France serait mieux lotie que l’Italie ou l’Espagne tandis que Macron ne cessait de nous rassurer sur la « vie qui continuait » et se rendait au théâtre avec Madame. L’interrogation s’est transformée en stupéfaction quand, après les mesures de fermeture des écoles, des restaurants, des théâtres, Macron a annoncé qu’on pouvait et même qu’on devait aller voter, même si on était âgé. Après beaucoup d’hésitations j’y suis allée et je suis rentrée chez moi en me disant que j’avais été bien imprudente de le faire.

Car, une fois rentrée, j’ai fait le film de tous les risques de contamination encourus, depuis la porte d’entrée où tout le monde posait sa main, jusqu’à l’assesseur qui prenait et me tendait ma carte d’identité, en passant par la tablette de l’isoloir, surface éminemment contaminable où j’ai posé enveloppe, bulletin et sac, jusqu’au flux des entrants et des sortants qui se croisaient à 20 cms, malgré les 1m de distance à peu près respectés dans chaque file. Tout à coup, et pour la première fois, je me suis sentie « fragile ».

Et maintenant, ces blancs-becs veulent nous donner des leçons de civisme ! Ce serait sous le choc de la vision de pique-niqueurs sur les pelouses, après la fermeture des lieux de loisir, que brusquement frappé par l’incivisme de ses concitoyens, l’exécutif se serait finalement décidé à faire appliquer, sous la contrainte, des mesures drastiques. Une véritable provocation ; de quoi ulcérer tout un chacun et réveiller en lui ou elle un profond désir d’insubordination. Malgré mon âge, et bien que convaincue de l’absolue nécessité de rompre la chaîne des contaminations, j’ai senti pousser en moi une brutale envie de trouver des parades, de contourner, de ruser, ce qui ne serait évidemment pas bien difficile… mais pas souhaitable. Car même en mettant 100 000 policiers dans la rue et sur les routes, et en brandissant menaces et sanctions, la lutte sanitaire ne sera pas gagnée par la coercition. Seule la conscience collective, la solidarité des travailleurs, la mise en place de leur propre organisation peuvent permettre de faire face aux lois de la pandémie, que ces princes qui nous gouvernent nient quand ça les arrange et brandissent quand ils veulent nous contraindre. Des lois que l’exécutif était censé connaître et qu’il a ignorées jusqu’à atteindre un niveau de risque où le mieux que l’on puisse faire désormais ne sera pas de la prévention mais de l’ajustement.

Des soins reportés sine die et des choix inhumains

Le « coupable » je crois le connaître. Ce n’est ni l’épidémie de COVID 19, simple phénomène naturel toujours possible, ni non plus la négligence ou l’incivisme de la population, ni encore moins l’absence d’efforts, jusqu’à l’épuisement, du personnel hospitalier mais, tout simplement et avant même les errements de gestion de la crise, le fruit d’une politique de santé qui a rendu exsangue le système hospitalier.
C’est cette pénurie, créée à longueur de réformes et de coupes budgétaires, de suppression de lits et d’équipements, de transfert des activités du secteur public vers le secteur privé, qui impose aujourd’hui la stratégie sanitaire et la réorganisation de crise que subissent les structures hospitalières.

Dans un premier temps, c’est d’abord les programmes de prise en charge de patients qui ont été mis à mal. Pour ma part, je devais être opérée du genou le 9 avril, dans un hôpital public d’Ile de France. La visite préparatoire vient d’être annulée et l’opération reportée sine die. Tests, scanners, visites et examens divers seront caduques d’ici quelques jours. Tout sera à refaire ; coûts et gaspillage de temps en perspective. Certes, il ne s’agit pas, dans ce cas d’une urgence vitale, seulement d’un handicap douloureux et éprouvant qui risque de se prolonger plusieurs mois. Mais que dire des infarctus, des AVC, ou des fractures qui vont entrer en concurrence avec le traitement de la détresse respiratoire des patients atteints du COVID 19 ?

Même avec tous les efforts de réorganisation, toute la mobilisation des personnels, des choix pourraient s’imposer aux médecins et soignants pour décider de qui laisser vivre ou mourir. Cas de conscience pour les professionnels de santé mais aussi abominable situation pour lesdits « fragiles » plus âgés, s’interrogeant peut-être sur leur légitimité à survivre et à « emmerder le monde ».

Des trous dans la raquette, à qui la faute ?

On serait au moins en droit d’espérer que d’aussi douloureux dilemmes et sacrifices soient rapidement couronnés de succès. Rien n’est moins sûr…Car si le gouvernement se veut hyper coercitif pour l’ensemble de la population, il se garde bien de porter atteinte au sacro-saint libéralisme industriel et au libre droit des patrons à disposer de la force de travail de leurs salariés. Quitte à leur faire courir des risques sanitaires graves et à les amener, par leurs déplacements et leurs rassemblements sur les lieux de travail, à ouvrir partout des trous dans la raquette de la protection sanitaire.

Alors, faire gaffe, m’enfermer, attendre d’être opérée, je veux bien mais pas pour rien. Pas pour permettre aux grands industriels de continuer à produire des avions ou des bombes, pas pour laisser Macron et sa bande faire subir à la population les errements de leur stratégie couronnés par leur sempiternel mépris.




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