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Grandpuits, Bridgestone, Nokia… : l’urgence d’un plan de bataille commun contre les licenciements et l’offensive patronale

Depuis la rentrée, les plans sociaux pleuvent partout en France. Pourtant, malgré l’offensive patronale, l’absence de plan de bataille du côté des directions syndicales est nette, donnant lieu à différentes initiatives qui cherchent à poser les bases de la coordination de secteurs. Une coordination qui sera déterminante dans les semaines et mois à venir face à la crise.

mercredi 7 octobre

Depuis mars dernier les plans de suppressions d’emplois pleuvent sur le monde du travail. Le 1er octobre dernier, la DARES comptabilisait 65.000 suppressions d’emplois dans le cadre de plus de 394 « PSE » depuis le mois de mars. De fait, pas une semaine ne passe sans qu’un nouveau PSE soit annoncé, de Renault à Airbus et ses multiples sous-traitants frappés par la crise, en passant par Total, TUI France, Cargill, Bridgestone ou Verallia.

Des entreprises dont les PSE sont connus et publicisés, mais qui ne constituent que la face émergée des suppressions d’emplois. Ainsi, dans les 715 000 destructions que l’INSEE recense au premier semestre, une très grande partie sont liés au non-renouvellement de contrats courts et de contrats d’intérims. Dans un article intitulé « Qui sont les chômeurs invisibles ? », La Croix rapporte ainsi que le nombre d’intérimaires est passé de « 790 000 fin 2019 à 470 000 à la fin du 1er trimestre 2020. » Et si l’INSEE promettait en septembre une stabilisation de ces destructions d’emplois au deuxième semestre, celles-ci devraient se poursuivre avec la reprise de l’épidémie, tandis qu’au-delà de celles-ci, des Accords de Performance Collective qui attaquent les droits des travailleurs sont imposés dans de nombreuses entreprises.

Dans ce cadre, les salariés ne restent pas toujours l’arme au pied. Chez TUI France de nombreux rassemblements ont été organisés à l’issue d’AGs numériques qui ont rassemblé des centaines de salariés. A Derichebourg, une grève exemplaire a été menée pour refuser l’Accord de Performance Collective, mobilisation qui s’est soldée par une trahison syndicale menant à la défaite. Chez AAA, sous-traitant aéronautique actuellement menacé par un PSE supprimant 719 emplois, les rassemblements s’enchaînent actuellement et les syndicalistes sont déterminés à ne laisser passer aucune suppression d’emploi. Ce mardi les ouvriers de la raffinerie de Grandpuits se rassemblaient à la Défense avant de convoquer une grande assemblée générale hier, qui a réuni plus de 200 raffineurs ainsi que des travailleurs d’autres sites qui ont pu évoquer leurs expériences de lutte contre des PSE. A Lorient avec les salariés de la Fonderie de Bretagne, à Lannion avec les Nokia, à Béthune avec les Bridgestone, des milliers de soutiens ont marché aux côtés de travailleurs menacés de suppressions d’emplois ces derniers mois.

Pourtant, malgré ces éléments de mobilisation, la situation sociale reste globalement marquée par une relative atonie ainsi que par des éléments de démoralisation ou de replis individualistes comme le note Damien Bernard dans son dernier édito. Comme le montre la capacité de certains travailleurs à lutter, celle-ci est moins le fait de la « base », que de l’absence totale d’initiatives des directions syndicales. En dehors de journées isolées, dont la dernière le 17 septembre donne une assez bonne idée de ce que sera celle du 17 octobre, c’est le dialogue social que celles-ci privilégient, dans la continuité de la dynamique initiée depuis le début de l’épidémie. La semaine dernière, la CGT, FO, la CFDT sont allés jusqu’à s’asseoir tranquillement autour de la table pour discuter de la relance du projet de réforme d’assurance-chômage, qui constitue une attaque d’une violence extrême contre le monde du travail. A l’inverse, aucune initiative de coordination des luttes n’a été ne serait-ce qu’évoquée par les confédérations.

Face à cette atonie, des initiatives sont impulsées. Dans le Nord, la CGT Cargill, entreprise sous le coup d’un PSE, a initié avec d’autres syndicalistes stoplicenciements.fr, une carte des licenciements avec l’objectif « d’aider les salariés concernés à se rassembler et à se fédérer. » Récemment, les travailleurs de TUI France ont récemment appelé à une « rencontre nationale des boîtes, collectifs, et syndicats qui se battent contre les plans de licenciements » le 18 octobre. Outre ces initiatives, des démarches sectorielles sont impulsées avec la logique de commencer à regrouper des noyaux d’avant-garde dans des secteurs qui pourraient un jour un rôle moteur pour une coordination plus large du monde du travail.

Ainsi, le 17 septembre dernier une première « rencontre » visant à poser les jalons d’une coordination des entreprises de l’aéronautique avait lieu à Toulouse et réunissait 19 boîtes du secteur pour éviter l’isolement des luttes. Ce secteur, qui est particulièrement frappé par la crise, aurait le poids d’entraîner les autres, et de premières grèves ont eu lieu dans différentes entreprises pour s’opposer aux APC ou aux suppressions d’emplois. De même, ce week-end, des travailleurs des transports de la SNCF, RATP, Keolis, Aero Piste, Savac ou Transdev se réunissaient pour commencer à penser un plan de bataille commun, cette fois non pas contre les suppressions d’emplois, mais en prévision de l’ouverture à la concurrence du secteur. Une spécificité du secteur qui ne l’empêche pas d’avoir en tête le contexte national, dans lequel ces travailleurs stratégiques pourraient jouer un rôle fondamental en cas de mouvement, comme ils l’ont fait dans la lutte contre la réforme des retraites.

Ces initiatives dessinent aujourd’hui les seuls axes viables pour faire face à la crise, l’auto-organisation à la base, la coordination des entreprises, et la défense d’un programme radical de refus des licenciements et du chantage à l’emploi par les méthodes de la lutte de classe. La dynamique des raffineurs de Grandpuits qui ont réussi à tisser un début d’alliance avec des militants écolos des Amis de la Terre ou de Youth for Climate et qui affichent clairement que leur lutte implique de nouer un vrai rapport de force face à la direction constitue l’embryon encourageant d’une telle orientation, comme l’appel des TUI France ou la rencontre des travailleurs de l’aéro. Pour que ces exemples prennent une dimension supérieure, il s’agit de continuer à lancer des initiatives pour regrouper les secteurs en lutte, mais aussi d’interpeller les directions syndicales en dénonçant leur logique de « dialogue social » qui asphyxie la lutte et en exigeant un plan de bataille à la hauteur de la situation.




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